Petites mythologies ULiégeoises
Romans, poésie, théâtre... Sélection, toute subjective, parmi les meilleures publications récentes des membres de l’Université et de ses alumni.
L’allongement de la vie impose de repenser l’habitat des aînés et aînées. L’impact du logement, du quartier et des technologies sur l’autonomie et le vieillissement en bonne santé est évalué à travers différents projets menés à l’ULiège.
A
u cours des 150 dernières années, l’espérance de vie des Belges a presque doublé. Alors qu’elle avoisinait 45 ans en 1880, elle atteint aujourd’hui 84,4 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. Cette progression devrait se poursuivre dans les décennies à venir. Alors que la natalité est en berne et que les plus de 65 ans représentent déjà 28 % de nos concitoyens actifs (âgés entre 18 et 65 ans), cette proportion pourrait atteindre 45 % d’ici 2080, selon les projections du Bureau fédéral du Plan. Au niveau démographique, on appelle cela le “tsunami gris”.
Contrairement aux représentations âgistes et souvent stigmatisantes associées au vieillissement, plus de 85 % des personnes de plus de 65 ans conservent une bonne santé générale et une autonomie satisfaisante. Concernant plus précisément les 90 ans et plus, si 40·% d’entre eux ont besoin de soins en maison de repos ou en résidence-services, 14 % les reçoivent à leur domicile. Les 46 % restants vont bien, compte tenu de leur âge, et vivent encore chez eux grâce à une assistance modérée. Il n’existe donc pas un profil unique “65+”, mais une multitude de trajectoires de vieillissement.
Dans ce contexte, la question du logement des aînés devient centrale. « Les architectes, soucieux d’hygiène, d’accessibilité et de sécurité, ont souvent tendance à considérer l’appartement comme la solution idéale pour les personnes de plus de 65 ans : les espaces de plain-pied facilitent les déplacements, l’ascenseur évite les escaliers. Avec mes collègues, nous avons voulu challenger ce postulat. Ce type de logement n’est-il pas parfois surprotecteur face au vieillissement ? Est-il véritablement bénéfique aux aînés ou contribue-t-il, au contraire, à accélérer leur fonte musculaire, et par là leur vieillissement ? », interroge Catherine Elsen, directrice du laboratoire Inter’Act au sein du département Urban and Environmental Engineering (UEE) de la faculté des Sciences appliquées de l’ULiège. « À l’inverse, une maison quatre-façades avec un vaste jardin peut devenir difficile à entretenir avec l’âge : cette activité est-elle positive pour la personne âgée ou la surstimule-t-elle ? »
Ces questions sont au cœur du projet HabitAge (2024-2028), soutenu par un financement ARC, et cocoordonné notamment par Stéphane Adam, directeur de l’unité de psychologie de la sénescence. Les études menées dans ce cadre sont assurées par deux chercheuses postdoctorantes, Gwendoline Schaff et Charlotte Dautremont, un chercheur post-doctorant, Nikita Belly, ainsi que par deux doctorantes, Valériane Tannoia et Maëlle Scouvemont. Pour explorer ce sujet, il a été demandé à 150 personnes âgées de 75 ans et plus, principalement domiciliées dans la province de Liège, de répondre à un questionnaire d’une cinquantaine de pages. Celui-ci portait notamment sur leur état de santé, leur autonomie, leur activité physique, leur sommeil, ainsi que sur les caractéristiques de leur quartier et de leur logement.
Une première analyse des données a permis de construire une matrice à quatre quadrants, croisant le niveau de sécurité du logement et son potentiel de stimulation physique. « Les différents types d’habitat (villa quatre-façades, maison trois-façades, maison mitoyenne ou appartement) sont associés de manière significative à l’un ou l’autre des quadrants. Ainsi, les logements de plain-pied, notamment les appartements, sont surreprésentés dans le quadrant associant forte sécurité et faible stimulation physique. Ce constat tend à confirmer notre hypothèse selon laquelle ces logements peuvent parfois se révéler trop protecteurs. S’ils peuvent être adéquats pour certaines personnes, il faut veiller à ne pas y aller trop tôt dans sa trajectoire de vie », explique la professeure d’ingénierie architecturale.
Un autre résultat marquant concerne l’influence du quartier. S’il est vivant et convivial, il peut compenser le manque de stimulation d’un logement, tandis qu’un quartier morne, dénué de vie sociale, peut atténuer les bénéfices d’un habitat offrant pourtant de nombreuses sollicitations physiques ainsi qu’un bon niveau de sécurité perçue. L’exemple typique est celui de la villa avec jardin dans un lotissement monofonctionnel sans commerces de proximité ni lieux de rencontre, comme on en trouve fréquemment en Wallonie. « Ces résultats rappellent aux architectes qu’en concevant un logement, ils conçoivent aussi un lieu de vie dont l’environnement peut renforcer ou, au contraire, limiter les qualités », pointe encore Catherine Elsen.
Mais qu’en est-il, concrètement, de l’impact du type d’habitat sur l’activité quotidienne des seniors ? Parmi les 150 participants recrutés au départ, 90 poursuivent l’étude dans le cadre d’un suivi longitudinal : tous les six mois pendant deux ans, ils répondent à nouveau à une partie du questionnaire visant à cerner l’évolution de leur situation. Et renvoient par la poste l’actimètre – une espèce de montre à porter au poignet qui mesure le mouvement (mais ne géolocalise pas) – qu’ils ont porté pendant deux semaines au cours du dernier semestre.
Les données recueillies éclaireront sur leur niveau d’activité physique (quand et pendant combien de temps ils sont en mouvement), la durée et la qualité de leur sommeil ainsi que la durée et la fréquence de leurs siestes. La deuxième vague de collecte de données est en cours, tandis que celles issues de la première vague font l’objet d’analyses.
« De nombreuses études montrent qu’une faible activité physique et un mauvais sommeil sont associés à un risque accru de pathologies et à davantage de mortalité », souligne Olivier Bruyère, professeur d’épidémiologie et de réhabilitation gériatrique à l'ULiège et co-coordinateur du projet HabitAge.
L’activité physique constitue un levier majeur de prévention. Pour les jeunes, comme les moins jeunes, faire 10 000 pas par jour réduit le risque de mortalité jusqu'à 40 % par rapport aux personnes qui en font moins de 3000. « L’Organisation mondiale de la santé recommande également minimum 150 à 300 minutes par semaine d'activité physique modérée comme la danse, la marche rapide, ou bien 75 à 150 minutes hebdomadaires d'activité d’intensité vigoureuse – qui accélère nettement la respiration et rend la conversation difficile –, comme la course à pied, le vélo, la natation. À noter que pour les seniors, en fonction de leurs capacités fonctionnelles, une marche rapide peut être considérée comme une activité soutenue », explique Olivier Bruyère.
Pour lutter contre la sarcopénie, la perte progressive de la masse et de la force musculaires liée au vieillissement, les exercices de renforcement musculaire sont indispensables. Si grimper des volées d’escaliers au quotidien et entretenir son jardin peuvent y contribuer, l’environnement résidentiel joue aussi un rôle potentiel. « Des études révèlent que les seniors vivant à proximité d’espaces verts ont tendance à être plus actifs et présentent une meilleure santé musculaire. Lorsque ces espaces verts sont accessibles à pied, via des parcours continus, agréables et perçus comme sûrs, l’effet semble encore plus marqué », poursuit-il.
Si Olivier Bruyère s’intéresse particulièrement aux données d’activité physique recueillies par les actimètres, les informations relatives au sommeil et aux siestes seront au cœur des analyses de Christina Schmidt, professeure au sein du GIGA Neuroscience. Avec son équipe, elle a récemment mis en évidence un lien entre la fréquence de siestes chez les seniors et un déclin plus marqué de leur mémoire épisodique, celle emmagasinant les souvenirs. Dans le cadre d’HabitAge, elle étudiera l’influence des typologies d’habitats sur leurs habitudes de sieste et la qualité de leur sommeil.
Un système de téléassistance peut contribuer au maintien à domicile de certaines personnes âgées. Celui-ci repose généralement sur un bouton d’alerte, porté en pendentif ou au poignet, ainsi que sur un second dispositif placé à proximité du téléphone. En cas de chute ou malaise, il suffit d’appuyer sur l’un de ces boutons pour entrer en contact avec un opérateur. Disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, les téléassisteurs évaluent alors la situation et, au besoin, déclenchent des appels en cascade auprès des proches, des voisins ou des services de secours.
Aujourd’hui, cette téléassistance classique évolue vers des dispositifs plus sophistiqués. À travers six consortiums, dont celui auquel participe le laboratoire Inter’Act avec le projet Wallonie Assist at Home, l’Agence wallonne pour une vie de qualité (Aviq) ambitionne d’équiper plusieurs milliers de Wallons âgés de plus de 65 ans ou en situation de handicap de technologies de téléassistance augmentée. « Il s’agit de disséminer dans l’habitat des capteurs mesurant certains paramètres liés aux habitudes de vie, de compiler ces données au fil du temps et d’activer une alerte lorsqu’un changement drastique est détecté, explique Catherine Elsen. Par exemple, si un capteur posé sur la porte du frigo détecte que celle-ci n’a plus été ouverte depuis plusieurs jours, un message pourrait être envoyé à un proche ou au médecin traitant. En effet, on peut redouter une malnutrition, une déshydratation ou le début d'une maladie neuro-dégénérative. »
Afin de capturer ces évolutions dans les habitudes de vie, l’Aviq a laissé à chacun de ses six consortiums partenaires le choix de la technologie à expérimenter. Certains ont opté pour des caméras infrarouges, d'autres pour des montres GPS ou des capteurs optiques avec images floutées. « De notre côté, nous avons retenu ce que nous considérons comme la solution la moins intrusive : un bracelet pour la détection des chutes ainsi que, pour l’analyse des habitudes, des capteurs de mouvement et de portes similaires à ceux utilisés dans les systèmes d’alarme. En parallèle, un capteur de mouvement à glisser sous le matelas, comparable à celui utilisé pour surveiller les nourrissons, a été installé chez les bénéficiaires qui le souhaitaient, poursuit Catherine Elsen. L’intelligence artificielle est actuellement en phase d’apprentissage avec 1800 habitats équipés de notre technologie. Ces données sont analysées par l'OpenHub à l'UCLouvain. »
Au-delà du développement technologique, ce projet soulève des questions éthiques que le consortium va mettre à l’étude. « Aussi, il s’agira de déterminer si la téléassistance augmentée retarde effectivement l'institutionnalisation des personnes âgées. Et si elle peut prévenir certaines pertes d'autonomie, voire anticiper des maladies neurodégénératives. »
La création d’un Atlas du vieillissement en bonne santé est au cœur du projet européen STAGE (Stay Healthy Through Ageing), financé quant à lui par Horizon Europe (2024-2029). Alors qu’une équipe d’épidémiologistes et de cartographes de l’Amsterdam University Medical Center (UMC) compile de vastes données statistiques, les partenaires liégeois défendent une approche complémentaire, fondée sur l’expérience des citoyens. « Certaines dimensions essentielles et sensibles du vieillissement, comme les liens sociaux, sont difficiles à saisir à travers les seuls indicateurs quantitatifs. Nous souhaitons les faire émerger de manière participative », explique Clémentine Schelings, chercheuse et chargée du projet au laboratoire Inter’Act.
Depuis l’automne dernier, un processus participatif est mené dans deux territoires pilotes aux profils contrastés : Gouvy, composé d’une mosaïque de petits villages, et Verviers, ville marquée par son passé industriel. Respectivement 35 et 30 participants âgés de 65 ans et plus ont pris part à la démarche, selon une formule de participation “à la carte”, recommandée par une importante revue systématique de la littérature réalisée en amont. Cette flexibilité vise à tenir compte des contraintes et aléas susceptibles de limiter l’implication des personnes âgées.
Ces seniors ont notamment été invités à évaluer l’importance de 28 composantes du vieillissement en bonne santé identifiées par l’UMC Amsterdam, parmi lesquelles la pollution, les espaces verts, la diversité démographique ou encore la sécurité routière. L’objectif était de déterminer le poids à accorder à chacune dans la future cartographie. Résultat ? « La mobilité autonome (à pied ou en transports en commun), ainsi que le soutien social (aide fournie de manière formelle) et la cohésion sociale (qualité des relations entre habitants), sont les composantes les plus importantes », explique Clémentine Schelings. « Du processus participatif, il est également sorti que les 28 composantes pourraient être regroupées en un maximum de sept cartes thématiques. Ce qui rendra l’atlas plus lisible et plus facile à interpréter. »
Au-delà de la production d’un outil cartographique, l’équipe souhaite également que les connaissances produites puissent nourrir l’action publique. « Nous allons rencontrer des responsables communaux afin de voir comment ils accueillent les propositions formulées par les citoyens et s’il existe des possibilités d’ouvrir le dialogue sur les problèmes identifiés et les pistes d’amélioration envisagées. » Avec une ambition : orienter les politiques et les aménagements en faveur d’un vieillissement en bonne santé.
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Arthur Bodson, ancien recteur de l’ULiège de 1985 à 1997, est décédé le 12 août 2026. Né le 27 juin 1932, fils d’instituteur, il a consacré une grande partie de sa vie à l’enseignement, à l’université et à la coopération universitaire internationale.
Depuis près de 20 ans, le campus du Sart Tilman se transforme, le premier jeudi d’octobre, en plaine de festival. Trois scènes, 25 artistes, foodtrucks et bars, associations, activités ludiques, le tout en accès gratuit.