LQJ-271

L es femmes qui ont laissé une trace dans l’histoire des mathématiques sont plutôt rares : Hypatie d’Alexandrie, Émilie du Châtelet et, plus récemment, Maryam Mirzakhani, première – et toujours seule – femme récipiendaire de la médaille Fields en 2014. Force est de reconnaître que, même en ayant quelques notions d’his- toire des sciences, on est bien en peine d’ajouter quelques noms à ceux-là. Et aujourd’hui ? La situation ne semble guère avoir évolué. Directrice de recherche au CNRS, attachée à l’Institut de recherche en informatique fondamentale (IRIF), unité mixte entre le CNRS et l’université Paris VII-Diderot et vice-pré- sidente de la Société mathématique de France, Valérie Berthé est aussi active au sein de l’Association femmes et mathématiques : « En France, se désole-t-elle, la propor- tion de femmes au rang A dans les universités (rang de professeur) est de 7% seulement. Et la tendance est à la décroissance ! » Le nœud se situe au niveau du Bac : les filles sont autant sinon plus brillantes que les garçons en mathématiques mais choisissent plutôt la médecine ou la biologie et non les mathématiques, la physique, l’informa- tique ou les sciences appliquées, souvent par méconnais- sance de ces métiers. Mais pas seulement. La discrimina- tion se fait aussi de manière plus subtile. « On a pu consta- ter qu’il y avait davantage de jeunes filles dans les Écoles normales supérieures lorsqu’elles n’étaient pas mixtes. La mixité semble avoir découragé les filles, comme si elles se disaient que cela ne valait pas la peine de se mesurer aux garçons à ce niveau-là. Il y en a donc moins qui se présentent aux concours d’admission. Et moins qui sont admises. Il semblerait en effet que les concours favorisent les comportements masculins : passer vite d’une question à l’autre pour prendre un maximum de points alors que les filles vont essayer d’aller davantage au fond des choses, donc vouloir résoudre la première question à fond avant d’aborder la suivante, etc. Ce qui leur fait perdre du temps. Il y a donc aussi une réflexion à porter sur la manière d’in- terroger. » Mais pour celles qui ont franchi l’obstacle de la sélection, la suite de la carrière ne s’annonce pas aisée. D’abord parce qu’on recrute de préférence des personnes qui nous res- semblent, même inconsciemment… Et comme il y a de plus en plus d’hommes au sommet des mathématiques, la suite s’annonce sombre pour les mathé- maticiennes. « Mais il y a aussi un cliché qui reste très vivace : un mathématicien doit être jeune, voire un jeune prodige ; c’est à ce moment qu’il donne le meilleur de lui- même. Un cliché qui ne convient pas aux femmes dont la carrière est davantage partagée entre famille et profes- sion. Il faut absolument qu’on s’habitue à différents types de carrières, certaines plus précoces, d’autres s’étalant davantage sur le long terme, fruit d’un travail plus assidu. » Et Valérie Berthé de citer à cet égard l’exemple des États- Unis où il existe des écoles pour jeunes chercheuses au sein desquelles elles peuvent se remotiver, retrouver leur légitimité dans le milieu. Maths au féminin J.-L. Wertz septembre-décembre 2018 / 271 ULiège www.uliege.be/LQJ 15 0 !) /1,

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