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Des cabanes en bois, pas de téléphone, de l’électricité deux ou trois heures par jour… et la compagnie de cher- cheurs obnubilés par les singes ! » Pendant deux ans, loin de tout milieu académique, Jean-Louis Doucet va tout apprendre sur la flore gabonaise grâce à un tech- nicien local qui va l’initier patiemment. Commence alors une série de séjours africains (Gabon, Cameroun, Congo, République centrafricaine), au cours desquels il réalisera son autre rêve d’enfance, travailler pour le WWF dont il devient Forest Officer ! Des séjours entrecoupés de retours à Gembloux où il présente sa thèse de doctorat en 2003, ce qui lui permet de succéder la même année à son men- tor, le Pr Willy Delvingt, et de développer le laboratoire de foresterie tropicale. L’intitulé de sa thèse résume d’ailleurs à lui seul l’engagement du chercheur lors de ses dix pre- mières années de carrière mais aussi celui qui allait être le sien jusqu’à aujourd’hui (et on peut parier qu’il en ira ainsi jusqu’à sa retraite) : “L’alliance délicate ( sic ) de la gestion forestière et de la biodiversité dans les forêts du centre du Gabon”. L’adjectif “délicate” suggère bien les recherches permanentes d’équilibres entre exploitation et respect de la biodiversité, entre intérêts privés et publics. MODÈLE DE COOPÉRATION Jean-Louis Doucet a en effet initié et développé un modèle de coopération assez unique avec les grands exploitants forestiers de ces régions : « Tout le monde est gagnant, s’enthousiasme-t-il. Eux ont besoin de notre savoir pour satisfaire aux critères des labels comme le Forest Steward Council (FSC). Ce mode d’exploitation assure aux pays une gestion durable des forêts et aux populations un sur- croît de bien-être, tout en étant rentable pour les exploi- tants. Quant à nous, nous disposons d’un fantastique terrain de recherche et d’expérimentation dont profitent nos étudiants et nos doctorants. Nous sommes accueillis là-bas dans des conditions proches de la perfection. » Les équipes de Jean-Louis Doucet assurent en effet plusieurs missions sur le terrain et en laboratoire. D’abord, cela peut paraître étonnant, réduire notre igno- rance sur ces biotopes. « Une forêt tropicale, cela n’a rien à voir avec nos forêts ; elle renferme facilement un millier d’espèces ligneuses… dont on ignore encore presque tout. Un exemple : l’ayous, qui donne un bois blanc très prisé, ne fructifie que tous les huit ans. Pour continuer à l’exploiter de manière raisonnée, il faut bien connaître son cycle de vie. Nous étudions aussi la dispersion des graines, en général transportées par les animaux, ainsi que la diversité génétique de ces espèces. Par exemple, nous analysons des plantules, essayons de retrouver ses parents afin de voir comment s’est accomplie la dispersion et surtout pour tenter de prévoir ce qui se passera lors- qu’on abat des arbres matures. N’y aura-t-il pas consan- guinité ? Cela nous permet de dire à l’exploitant : si vous abattez trop de pieds, la régénération risque de ne plus se produire correctement. » Cette meilleure connaissance L’okan, Cylicodiscus gabunensis , est un bois dur parmi les plus exploités du continent africain. Son écologie est étudiée par un étudiant gabonais inscrit en thèse à Gembloux Agro-Bio Tech. Ses recherches sont financées par une entreprise privée certifiée FSC, CEB-Precious Woods septembre-décembre 2018 / 271 ULiège www.uliege.be/LQJ 8 !, -)(.'/(*

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