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l’égalité des chances. » Cela suffit-il ? « Il faut rester atten- tif au fait qu’à travers l’histoire, les hommes entre eux et le masculin en tant que norme se sont largement construits sur un rejet idéologique mais aussi matériel, juridique, institutionnel du féminin, ainsi que sur une domination économique mais aussi sexuelle des femmes, et cela se poursuit sous des formes traditionnelles et renouvelées 4 . » Fondatrice du FER ULg et pionnière du master de spécia- lisation en études de genre, Claire Gavray explique que « la violence envers les femmes ne doit pas se com- prendre uniquement comme impliquant un auteur et une victime ou témoignant d’une dispute qui tourne au désa- vantage du “plus faible”. Il faut interroger la dimension politique de la violence faite aux femmes (comme aux minorités sexuelles d’ailleurs). Cette violence fait écho à une conception de la société basée – comme le dit Françoise Héritier 5 – sur “la valeur différentielle des sexes”, c’est-à-dire la domination du masculin sur le féminin. Elle s’appuie sur un double-stéréotype, une double-exigence adressée aux femmes (il leur faut à la fois être disponibles sexuellement et son contraire). Utiliser les lunettes de genre pour comprendre les racines d’un tel phénomène est indispensable. Mais cela oblige aussi à être attentif aux mutations à l’œuvre dans les modes actuels de pensée mondialisée. D’un côté, celle-ci instaure et flatte l’indivi- du comme maître et responsable de ses choix, quel que soit son groupe ou son identité sexuée ou sa situation de famille. D’un autre côté, l’attention et le soin prodigué aux plus faibles (enfants, personnes âgées et à la santé fragile), qui s’avère indispensable au fonctionnement du système économique et marchand, est organisé sur base d’une sous-reconnaissance statutaire et financière géné- ralisée de professions et compétences toujours largement pensées comme “naturelles” et féminines. Les mouve- ments de grogne actuels témoignent de cette réalité. » LA RECHERCHE ET L’ENSEIGNEMENT Ces représentations peuvent et doivent changer. C’est aussi l’avis de l’Union européenne qui s’investit dans la promotion des “études de genre” : elle fait pression sur les gouvernements et s’engage dans la lutte contre les réticences et les stéréotypes partagés par une partie de la population… et du corps académique. Progressivement, les universités européennes (pays nordiques en tête) ont intégré des enseignements de ce type dans les cursus et, petit à petit, cette nouvelle discipline acquiert, grâce à l’adoubement académique, ses lettres de noblesse. Les recherches sur la manière dont le genre est construit dans nos sociétés se multiplient et participent à lutter contre les discriminations et les stéréotypes dont les femmes sont les principales victimes. À l’université de Liège, c’est en 2001 que quelques pion- nières créent le centre “Femmes Enseignement Recherche de l’ULg” [voir encart]. Mais il faudra attendre 2017 pour qu’un master interuniversitaire (UCLouvain, ULB, ULiège, UNamur et UMons) soit consacré à cette discipline scien- tifique dont le corpus théorique est maintenant à la fois étayé et reconnu. Un master auquel participe Mona Claro, chargée de cours en sociologie (ULiège), par ailleurs fondatrice du “Labo Junior Contraception et Genre”. Détentrice d’un master en Étude de genre à l’École des Hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, Mona Claro a consacré une thèse sur les femmes en Russie . « Je voulais comprendre comment la fin du communisme avait bouleversé la vie familiale, sexuelle et amoureuse des Russes à Moscou et Saint-Petersbourg. Par contraste avec la génération 4 Illouz Eva, Pourquoi l’amour fait mal, L’expérience amoureuse dans la modernité, Paris, éditions du Seuil, 2014. 5 Françoise Héritier, anthropologue, ethnologue et féministe française. 13 septembre-décembre 2021 / 280 ULiège www.ul iege.be/LQJ à la une

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