En juillet 2021, trois jours de précipitations hors normes plongeaient une partie de la Wallonie sous eau. L’urgence qu’imposait la catastrophe a modelé une manière profondément transdisciplinaire de faire science. Il ne pouvait pas y avoir une seule solution miracle, mais un changement complet de paradigme dans lequel imbriquer une multitude d’aménagements et de nouvelles habitudes de gestion de territoire. « Climatologues, hydrauliciens, hydrologues, urbanistes, architectes, géographes, biologistes : la mobilisation dont a fait preuve l’ULiège est inédite, témoigne Jacques Teller, professeur d’urbanisme, à la coordination de la Task Force Vesdre ULiège lancée en collaboration avec Martina Barcelloni Corte, chargée de cours en architecture. C’est une expérience collective où des chercheurs et chercheuses ont consacré leur temps et leur énergie. Nous avons mutuellement découvert nos travaux, croisé nos approches et données pour poser des diagnostics, avant de passer aux projets de reconstruction. » La triangulation avec les populations et les élus était ellemême remarquable. « La Région wallonne et certaines communes ont réagi de manière assez volontaire. Dès 2022, la Région nous confiait, ainsi qu’au bureau d’étude de l’architecte-urbaniste Paola Viganò, la conception d’un schéma stratégique pour le bassin versant de la Vesdre, proposant des pistes de reconstruction plus résilientes. Certains chantiers ont avancé très vite, d’autres sont toujours au point mort. » Travailler à l’échelle d’une vallée entière en a fait un premier laboratoire systémique, qui fait aujourd’hui école en Europe. Même si la densité des échanges entre l’Université et le monde politique s’atténue. « Je pense que le principal effet des inondations, c’est une force d’impulsion à un moment donné, poursuit Jacques Teller. Certaines communes, comme Pepinster et Verviers, ont beaucoup déconstruit et ont avancé très vite. Sur les plateaux, Herve et Fléron ont freiné l’urbanisation et lancé des politiques fortes d’aménagement des espaces verts et agricoles. Au niveau de la Région wallonne aussi, des initiatives se sont succédé, comme la mise à jour des données ou l’adoption de référentiels et d’un nouveau schéma de développement territorial qui intègre le risque des inondations dans l’octroi des permis d’urbanisme, dans les droits d’expropriation et de préemption. Tout cela a été mené sous la législature précédente. » Le sentiment d’urgence s’est aujourd’hui estompé, l’actualité D. Houcmant-Goldo Rue Camille Lemonnier, quartier de Angleur (Liège) MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 11 À LA UNE
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