politique s’est déplacée. Certains travaux continuent, notamment avec l’Awac (Agence wallonne de l’air et du climat), pour l’actualisation des outils et des cartes à destination des communes, ou pour étudier les bassins versants d’autres rivières à risque, à l’instar d’un Schéma stratégique pour l’Ourthe. « En tant que chercheurs, poursuit Jacques Teller, nous essayons de maintenir un bon ordre de priorités, de ce sur quoi nous pouvons agir. Car le changement climatique est rapide. Et changer un territoire, cela prend du temps. » À QUELLES PRÉCIPITATIONS FAIRE FACE ? En trois jours, entre 150 et 300 mm d’eau tombaient en moyenne sur le bassin versant de la Vesdre. Un déluge. Une catastrophe qui a lieu tous les 400 ans, selon les probabilités basées sur le climat du passé. Malheureusement, la période de retour d’un tel événement s’est drastiquement réduite et l’épisode du 14 juillet 2021 (plus de 100 mm de pluie en moyenne sur la vallée de la Vesdre) pourrait se répéter tous les 20 ans, dans un monde dont la température moyenne par rapport à l’ère préindustrielle augmenterait de trois degrés. Or le mercure aura franchi la barre des deux degrés supplémentaires lors de la prochaine décennie. « Notre modèle MAR (Modèle atmosphérique régional) offre des projections à haute résolution, décortique Xavier Fettweis, professeur en climatologie. Il nous a permis, au chercheur-doctorant Josip Brajkovic et mon équipe, d’établir que par degré supplémentaire, l’intensité des pluies augmenterait de 7 % dans nos régions*. Une précipitation d’une intensité donnée ayant une période de retour réduite de moitié par degré supplémentaire. L’événement de juillet 2021 pourrait donc ressurgir une ou deux fois d’ici à 2050. Cela signifie que nous devons aujourd’hui intégrer cette réalité et nous adapter. » La Région wallonne a intégré ces chiffres dans la législation, qui se basait jusqu’alors sur des données obsolètes. Les références concernant les nouveaux ouvrages d’art (égouttages, bassins d’orages) ne s’appuieront plus sur les données passées, mais sur les projections futures. En ce qui concerne les prévisions des précipitations, le gros du travail a été fait. MAR va servir à approfondir d’autres paramètres, comme l’évolution des sécheresses ou de l’enneigement. Ce sont des phénomènes à tenir à la loupe. Car les pluies intenses ne favorisent pas l’infiltration de l’eau, qui s’écoule à trop grande vitesse. Elles vont s’alterner avec de plus en plus longues périodes de sécheresse et donc, d’assèchement des sols, aggravant l’impact des inondations. « Ce qui conduit à un autre risque pour lequel nous ne sommes ni préparés, ni équipés : les feux de forêt, précise Xavier Fettweis. Et cela va arriver. Nos forêts présentent déjà un grand taux de mortalité des arbres, donc un combustible important dans un climat de plus en plus chaud et sec en été. Les politiques doivent absolument anticiper ce risque. » HYDRAULIQUE : MAÎTRISER LA RIVIÈRE ? En faculté des sciences appliquées, le HECE (Hydraulics in environnemental and civil engineering) a été fortement mobilisé depuis les premiers jours qui ont suivi les inondations. « Tous les appareils de mesure de la vallée de la Vesdre ont été arrachés et emportés par le courant. Personne ne pouvait chiffrer le débit sur base duquel, à l’avenir, on allait devoir redimensionner les ponts, les berges. Nous avons donc très vite été sollicités pour reconstituer ce qui s’était passé », signale le professeur Michel Pirotton. « Ensuite, les inondations extrêmes ont profondément modifié la rivière, poursuit Pierre Archambeau, professeur associé. Un relevé de 200 millions de points nous a permis de cartographier la topographie de la vallée telle qu’elle était à l’issue des inondations. » Un travail pharaonique, qui a alimenté une maquette numérique de la vallée : MODREC, modèle à la fois hydrologique (comment et à quelle vitesse l’eau ruisselle jusqu’à la rivière) et hydraulique (comment et à quel débit l’eau s’écoule dans la rivière). Le défi de MODREC ? Travailler sur toute la vallée en même temps. Une tâche inédite pour laquelle il a fallu inventer des outils puissants et rapides. Ce modèle, mis au point à l’ULiège, est un véritable couteau suisse, capable de simuler des scénarios tout le long de la vallée. Combinées de différentes manières, ces simulations peuvent fournir le meilleur impact possible sur le territoire. Il a été remis à la Région wallonne, qui a mandaté des bureaux d’étude pour éprouver les aménagements possibles, avant de passer à l’étape de la réalisation dans les limites budgétaires fixées. « Quant à nous, nous nous sommes focalisés sur le flux de la rivière, poursuit Michel Pirotton. De nouveaux débits, plus importants, vont devoir passer. Il y a une multitude de solutions à alterner pour les redistribuer autrement. On peut organiser l’expansion de crues dans les zones inhabitées ou prévoir des bassins * “Les pluies extrêmes deviendront plus intenses et plus fréquentes d’ici 2100 en Belgique” : www.news.uliege.be/pluies-extremes UNE À DEUX FOIS D’ICI À 2050 12 MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE À LA UNE
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