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« Si la prochaine pandémie survenait aujourd’hui, le monde serait toujours confronté à certaines des mêmes faiblesses et vulnérabilités. » Ce constat en 2025 du Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sonne comme un rappel qui hante les États, conscients de leurs fragilités et de leur impréparation, apparues au moment de la crise de la Covid-19. Parallèlement, les universités ne restent pas les bras ballants. À l’ULiège, les chercheurs ont joué un rôle déterminant pendant la crise. Ils ont décidé de transformer leur expérience en projet et de contribuer à la “Preparedness”, feuille de route de l’Union européenne et des gouvernements pour se préparer plus efficacement aux prochaines épidémies. C’est ainsi que se développe aujourd’hui, avec le soutien des autorités de l’ULiège, un Institut des épidémies (InDeEp), projet né dès 2021 dans la tête du Pr Fabrice Bureau (biochimie et biologie moléculaire), accompagné ensuite par le Pr Laurent Gillet (vaccinologie vétérinaire), tous deux en faculté de Médecine vétérinaire, et rejoints par une trentaine de professeurs et chercheurs des facultés de Médecine et de Médecine vétérinaire. Ce projet en gestation prendra place d’ici à 2028 dans un bâtiment rénové qui jouxte l’Institut de botanique sur le campus du Sart Tilman. Il sera équipé de laboratoires de diagnostic et d’unités BSL-3 – des laboratoires hautement sécurisés pour manipuler des agents pathogènes. Après la Covid-19, InDeEp répond au besoin de passer d’une “culture de crise” à des capacités permanentes de recherches, d’analyses et d’épidémiosurveillance répondant aux standards de qualité internationaux. Il s’agit aussi de tirer bénéfice d’un écosystème unique en Wallonie caractérisé par la proximité géographique et scientifique de la médecine humaine et du CHU de Liège, de la vétérinaire et des sciences fondamentales. DE PLUS EN PLUS RAPPROCHÉES Depuis les années 1980 et l’apparition du SIDA, les épidémies se succèdent à un rythme de plus en plus rapide. Le virus Ebola, identifié pour la première fois en 1976, a connu plusieurs flambées majeures en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, causant plus de 11 000 morts. Le SRAS, syndrome respiratoire aigu sévère, causé déjà par le coronavirus (SARS-CoV-1), est responsable de 800 morts entre 2002 et 2003. En 2009, la grippe H1N1 (“grippe porcine”) s’est transmise à l’homme et a infecté entre 700 millions et 1,4 milliard d’individus, causant la mort de 284 000 personnes. Ces dernières années, la grippe aviaire a touché tous les continents. Son potentiel pandémique est connu, et depuis 2024, le virus de la grippe Influenza A (H5N1) circule abondamment dans les élevages de vaches laitières et de volailles aux ÉtatsUnis, faisant redouter l’émergence d’un virus capable de se diffuser dans la population humaine. D’autres crises sanitaires ont mis les systèmes de soins sous tension, comme le MERS-CoV (Middle-East Respiratory Syndrome) apparu en 2012, ou le virus Zika émergeant entre 2015 et 2016, associé à des anomalies congénitales graves chez l’homme. Mais c’est la pandémie de la Covid-19, causée par un autre coronavirus, le SARS-CoV 2, qui a mis la planète à l’arrêt en 2020, entraînant plus de 7 millions de morts à travers le monde selon l’OMS. La concentration de ces crises sur une vingtaine d’années à peine est favorisée par nos modes de vie contemporains. Les transports aériens propagent rapidement les agents épidémiques. L’urbanisation et la densité de population dans les villes y contribuent aussi, de même que la déforestation et le réchauffement climatique. « Ces derniers sont à l’origine du déplacement d’animaux sauvages vers des endroits moins chauds ou vers des environnements où la nourriture est accessible, ce qui augmente le risque de contact entre animaux et hommes alors que la plupart des épidémies sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies transmettant des agents pathogènes des animaux vers les hommes », note Fabrice Bureau. UNE APPROCHE ONE HEALTH Environ 75 % des maladies infectieuses (ré-)émergentes sont des zoonoses, responsables selon les études de 1 à 2,5 milliards de cas d’infections et de 1 à près de 3 millions La plupart des maladies infectieuses (ré-)émergentes sont des zoonoses, c’est-à-dire transmissibles des animaux aux humains. S’appuyant sur son expertise en immuno-infectiologie et sur un dialogue étroit entre médecine humaine et médecine vétérinaire, l’ULiège développe un Institut des épidémies : des laboratoires hautement sécurisés pour mener des projets de recherche, d’analyse et d’épidémiosurveillance. DOSSIER DIDIER MOREAU MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 25 OMNI SCIENCES

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