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de décès par an. Ces zoonoses impliquent des virus, bactéries ou parasites transmis à l’homme par contact direct, par des aliments contaminés ou par des vecteurs comme les moustiques et les tiques. Ce tableau menaçant plaide pour un dialogue étroit entre médecins et vétérinaires. « Ma collaboration avec les vétérinaires date justement de la pandémie de SARS-CoV 2, un bel exemple de zoonose », pointe le Dr Gilles Darcis, chargé de cours et médecin-spécialiste en maladies infectieuses au CHU de Liège, qui fait aujourd’hui partie des membres de l’InDeEp. « Les deux disciplines sont très complémentaires, ce que trop peu de médecins et de vétérinaires réalisent. » Fabrice Bureau plaide aussi pour ce rapprochement disciplinaire, d’autant plus qu’avec la vaccination, la plupart des maladies épidémiques humaines ont été éradiquées alors que ce n’est pas du tout le cas dans les troupeaux, régulièrement exposés aux épidémies. Ces crises récurrentes, les vétérinaires doivent les résoudre avec des méthodes différentes de celles des médecins. « La plus grande différence : les vétérinaires considèrent la population tandis que les médecins humains considèrent les patients de manière individuelle. Les deux approches sont ainsi nécessaires et complémentaires. » Cette approche collaborative s’inscrit dans la conception du One Health* (une seule santé, humaine et animale), promue de longue date au sein de l’ULiège. Pour Gilles Darcis, InDeEp doit « matérialiser cette collaboration dans un espace commun ». Le futur Institut des épidémies entend démontrer sa spécificité et sa pertinence dans le paysage wallon, belge et européen. « Il est conçu de telle manière qu’il puisse immédiatement s’adapter et se mettre en ordre de marche quand la “guerre” ou la crise succède au temps de “paix” », explique la Pre Tatiana Art, pro-doyenne de la faculté de Médecine vétérinaire, qui porte le projet avec ses collègues. « La spécificité de l’Institut des épidémies est qu’il est localisé dans une université, ce n’est pas un institut de santé publique », souligne Fabrice Bureau. Pour lui, les deux organes ont des fonctions différentes. Les instituts de santé publique scrutent et récoltent les données, et ils produisent des statistiques. Un institut universitaire, lui, trouve sa place plus en amont. « InDeEp a pour vocation de faire de la recherche plus fondamentale, de caractériser les agents pathogènes et d’identifier les variants de ces agents, de déterminer leur dissémination et leurs mécanismes d’invasion. Aussi de développer des modèles animaux qui répliquent la maladie en laboratoire pour mieux la comprendre, de développer des méthodes diagnostiques ad hoc et de nouveaux traitements, et de mettre en œuvre la surveillance épidémiologique active. Et ceci autant pour les maladies humaines que vétérinaires. Aucun institut universitaire n’a aujourd’hui cette vocation. » C’est sur ces points que les initiateurs du projet ont insisté auprès des ministres fédéral et wallon de la Santé, Frank Vandenbroucke et Yves Coppieters, lors de leur rencontre à l’ULiège en janvier dernier, en présence également de la ministre-présidente Élisabeth Degryse et des autorités académiques. La direction de l’Institut fédéral de santé publique Sciensano participait aussi à cette réunion importante : il s’agissait pour les porteurs de InDeEp d’insister sur la complémentarité, et non la concurrence, entre les deux instituts. LES ATOUTS DE L’ULIÈGE La flexibilité et la réactivité figurent parmi les atouts du projet universitaire, comme cela a été démontré lors de la pandémie de la Covid-19 durant laquelle les équipes liégeoises ont rapidement mis au point une méthode innovante de testing PCR menant à de plus grandes capacités d’analyse. Des défis scientifiques et logistiques qui ont souligné en 2020 l’impréparation de nos États face à des crises pourtant prévisibles. D’autres atouts distinguent encore le projet liégeois dans la préparation et la réponse aux menaces infectieuses émergentes. Des réseaux d’épidémiosurveillance et de recherche intégrée sont déjà en place, associant des chercheurs en santé publique, pharmacie, médecine vétérinaire, agronomie, sciences et sciences sociales, comme le programme de surveillance de la faune sauvage en Wallonie de la Pre Annick Linden ou le projet de veille épidémiologique en Wallonie Primary Care INDEEP [lire l’encadré] de Marina Digregorio, docteure en soins primaires et santé, et de Jean-Luc Belche, chargé de cours en médecine générale. « Mais on doit voir plus loin encore et s’insérer dans des projets de recherche internationaux sur les maladies infectieuses émergentes », précise le Pr Laurent Gillet. Avec ses collègues, il a profité de la venue à l’ULiège fin 2025 de Yasmine Belkaid**, directrice de l’Institut Pasteur, pour envisager des collaborations avec cette institution réputée, engagée dans un projet de grande ampleur de même nature que l’Institut des épidémies. À terme, InDeEp ambitionne de s’inscrire dans le consortium européen BE READY PLUS, MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 26 OMNI SCIENCES

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