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Agressions verbales, procédures médicales imposées – épisiotomie ou césarienne “de confort” par exemple [lire l’encadré] –, absence de consentement éclairé, manque de confidentialité, refus d’administrer des antidouleurs, violation flagrante de l’intimité, agressions physiques, humiliations graves, négligences entraînant des complications évitables… En 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a analysé le phénomène et assimilé ces comportements à des violences gynécologiques et obstétricales.1 Un terme qui recouvre donc des réalités très diverses. « La liste établie par l’OMS ne décrit qu’une partie des comportements qui peuvent être ressentis comme traumatisants, réagit le Dr Claire Paquet, gynécologue au CHU de Liège. Elle attire l’attention sur des actes clairement violents, absolument inacceptables, dont on doit reconnaître l’existence. Mais à côté de cela, il y a aussi des situations qui mettent en jeu des problèmes de communication, d’accueil, de non-conscience de la vulnérabilité des patientes. » Une nuance qui transparait également dans le rapport d’information publié le 15 janvier 2024 par le Sénat concernant le droit à l’autodétermination corporelle et la lutte contre les violences obstétricales. Le Dr Xavier Capelle, gynécologue au CHU de Liège, qui a été audité par les auteurs du rapport, les y définit comme “un ensemble de situations dont le point commun est un vécu traumatique dans le cadre d’une prise en charge professionnelle de la grossesse et de l’accouchement”. Fruit d’une concertation entre gynécologues, sagefemmes, représentants du monde académique, experts issus des réseaux associatifs et associations féministes, ce rapport souligne que “les violences gynécologiques et obstétricales sont un phénomène en grande partie inconscient et organisationnel. […] Il ne s’agit pas, dans la majorité des cas, d’intentions malveillantes.” Lors des auditions au sein du Sénat, différentes causes possibles des violences gynécologiques et obstétricales ont été avancées : des protocoles et pratiques archaïques, un processus d’économie d’échelle, de standardisation, de maximisation de l’efficacité ou de rationalisation dans les hôpitaux, une méconnaissance des droits des patientes, des effectifs insuffisants et une charge de travail élevée pour le personnel soignant. LE TEMPS DU SOIN S’il est nécessaire d’augmenter les moyens financiers alloués à la santé de la femme, la bientraitance passe aussi par des petits actes posés au quotidien. « Il y a une multitude de détails qui participent à instaurer un climat de confiance, développe Frédéric Kridelka, chef de service de gynécologie et obstétrique au CHU de Liège et professeur à la faculté de Médecine de l’ULiège. La manière dont on va chercher la patiente dans la salle d’attente et dont on l’accompagne jusqu’au cabinet de consultation, la façon de formuler ses questions posément et de manière compréhensible avec le regard tournée vers elle. Tout cela permet “l’entrée en résonance” de la ou du soignant et de la patiente. » Et de poursuivre : « Il s’agit d’un idéal, mais il se heurte parfois aux réalités de terrain. Lorsqu’on a dû gérer un accouchement difficile jusqu’à 4h du matin, qu’on débute ses consultations à 8h et qu’on voit 24 patientes sur une journée – 24 personnes dont le vécu, la vulnérabilité potentielle, le passé sont différents –, il est utopique d’imaginer que cela se passe toujours bien. Qualifier cette “non entrée en résonance” de violence en est une en soi pour le soignant, qui est aussi un humain qui donne, dans la grande majorité des cas, le meilleur de lui-même. » « Le soin, c’est du temps. Et il arrive que le temps nous manque, poursuit le Dr Claire Paquet. Parfois de manière institutionnelle et parfois de manière médicale, parce que les situations peuvent prendre une tournure urgente. J’ai appris à l’université qu’une phrase explicative, cela prend six secondes, et un regard bienveillant, deux secondes seulement. Ces secondes-là, on les a toujours. Dans certains cas, pour certaines personnes, cela reste trop peu. Après la situation urgente, prendre le temps de débriefer avec tous les intervenants est très important. Je ne sais pas si c’était courant il y a 50 ans, mais j’espère que cela se fera de manière encore plus systématique dans les 50 prochaines années. » UN CADRE LÉGAL INSUFFISANT Les pouvoirs publics commencent aussi, peu à peu, à s’emparer du sujet. Le 20 janvier 2026, le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale a adopté une résolution reconnaissant les violences gynécologiques et obstétricales comme une réalité vécue par de nombreuses femmes, un problème de santé publique et une violence fondée sur le genre. Coordonné par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, un groupe de travail interfédéral a rendu en mars 2026 ses recommandations Shutterstock-PeopleImages 1 “La prévention et l’élimination du manque de respect et des mauvais traitements lors de l’accouchement dans des établissements de soins“, Déclaration de l’OMS, 14 septembre 2014 : www.who.int/fr/ publications/i/item/WHO-RHR-14.23 MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 31 OMNI SCIENCES

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