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RENCONTRE AVEC DES FOURMIS AGRICULTRICES À l’insectarium Hexapoda, une soixantaine d’espèces vivantes sont présentées dans des vivariums. Depuis peu, une impressionnante colonie de fourmis coupefeuilles Atta est installée dans des modules chauffés recréant les conditions tropicales de leur habitat naturel. Ces fourmis sont de véritables agricultrices. En file indienne, guidées par des phéromones de piste, elles découpent des fragments de feuilles et les transportent jusqu’à leur champignonnière. Là, elles cultivent un champignon qu’elles nourrissent avec ces végétaux – et dont elles se nourrissent à leur tour. Cette installation s’inscrit dans une toute nouvelle section, inaugurée en avril 2026, consacrée aux insectes sociaux que sont les fourmis. * www.hexapoda.uliege.be MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 35 OMNI SCIENCES « Le site dispose aujourd’hui d’un laboratoire et d’élevages d’insectes. Grâce à un financement de l’Ares, du matériel a pu être fourni pour lancer une collection locale : six loupes binoculaires et 500 boîtes entomologiques destinées à conserver les spécimens, préparés et naturalisés. Depuis, une dizaine d’échanges d’étudiants ont été organisés dans le cadre de mémoires de master et de thèses de doctorat », explique le Pr Frédéric Francis, directeur du laboratoire d’entomologie fonctionnelle et évolutive de l’ULiège et président d’Hexapoda. Dans la même dynamique, un projet de création d’une collection entomologique locale et d’un laboratoire d’identification d’insectes a été initié à Kinshasa. « Créer et conserver des collections naturalisées est essentiel, mais les numériser l’est tout autant. À Madagascar, un système de numérisation 2D et 3D, similaire à celui d’Hexapoda [ndlr : le musée a finalisé la numérisation des spécimens contenus dans les 11 000 boîtes de sa gigantesque collection] a été installé afin de rendre les données accessibles aux étudiants et à la communauté scientifique », précise-t-il. À Kinshasa, le déploiement de la numérisation est également prévu, d’autant plus que des anciens doctorants de Gembloux souhaitent relancer une société entomologique congolaise, avec des antennes à Kinshasa, à Kinsangani-Yangambi et à Bukavu. PROCHAINE GÉNÉRATION D’ENTOMOLOGISTES Reste un défi majeur : la formation. « En Belgique, contrairement aux États-Unis, il n’existe ni master ni filière complète en entomologie. Le seul enseignement structuré se trouve en bac 1 en bioingénieur à Gembloux, avec un focus sur les insectes utiles ou nuisibles en agriculture et forêts, ainsi que dans divers environnements. En pratique, jusqu’alors, on ne devenait entomologiste qu’en réalisant une thèse de doctorat », explique Frédéric Francis. Pour répondre à ce manque, son équipe a déposé auprès de l’Ares une demande d’accréditation pour un certificat intitulé “Entomologie et santé globale : de la biodiversité aux outils numériques”. Ce programme (20 crédits) vise à proposer une spécialisation accessible aux professionnels de terrain ou en amont d’une recherche doctorale. Destinée aux publics francophones d’Europe et d’Afrique, la formation abordera les bases de l’entomologie (biologie, écologie), la santé globale – avec l’intervention de vétérinaires et de médecins – et un volet consacré aux outils numériques et à la digitalisation. F. Monti

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