MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 34 OMNI SCIENCES INSECTES L’entomologie fait mouche Souvent mal-aimés, les insectes sont pourtant essentiels : ils jouent un rôle clé dans les écosystèmes et peuvent rendre de précieux services à l’humanité. En agriculture notamment où, à l’instar de la coccinelle, redoutable prédatrice de pucerons, certaines espèces sont de véritables alliées. Huit espèces animales sur dix sont des insectes. Autrement dit, à eux seuls, les organismes à six pattes représentent près de 80 % de la biodiversité animale. Environ deux millions d’espèces ont déjà été décrites, mais ce chiffre est loin de refléter la réalité : les scientifiques estiment qu’il pourrait exister au moins huit millions d’espèces, principalement dans les régions tropicales. Cette richesse est pourtant fragilisée. Le souvenir des parebrise couverts d’insectes après un long trajet en voiture semble aujourd’hui appartenir au passé. En 2017, une étude allemande retentissante1 a révélé une chute de 76 % de la biomasse des insectes volants en 27 ans (1989-2016) dans 63 sites naturels protégés. Les synthèses scientifiques évoquent par ailleurs une diminution annuelle de 1 à 2 % de la biodiversité des insectes. À ce rythme, certains projettent une disparition massive d’ici 50 à 100 ans. Un scénario alarmant, mais qui mérite d’être nuancé. Alors que les populations d’insectes déclinent, l’ULiège tisse des ponts avec l’Afrique pour comprendre et préserver une biodiversité majoritaire sur notre planète mais encore largement inconnue. L’Institution renforce également la formation des entomologistes. DOSSIER LAETITIA THEUNIS Les recherches portent surtout sur une poignée de groupes – abeilles, papillons diurnes, carabes, libellules – choisis pour leur facilité d’étude et la disponibilité de données. Pour les centaines de milliers d’espèces appartenant à d’autres groupes, les informations manquent cruellement. De plus, la majorité des études sont menées en Europe et en Amérique du Nord, tandis que l’Afrique et l’Asie restent très peu documentées. En somme, l’état réel de l’entomofaune mondiale demeure largement inconnu. BIODIVERSITÉ AFRICAINE Pour combler ces lacunes, des projets de coopération ont été tissés entre la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech et des universités du Sud. Dans de nombreux pays africains, la méconnaissance des insectes locaux s’explique par le manque de spécialistes formés, mais aussi par l’absence de matériels et de collections locales de référence accessibles. En 2020, à la suite d’une visite à l’insectarium Jean LeclercqHexapoda à Waremme, seul musée entomologique en Belgique, un visiteur malgache a exprimé le souhait de créer une structure similaire à Antananarivo. Ce projet a abouti en 2023 avec l’inauguration de l’insectarium Za Bibikely, conçu comme un partenariat public-privé, sur un modèle comparable à celui d’Hexapoda avec Gembloux Agro-Bio Tech.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=