Si votre enfant passe des heures à assembler des briques Lego, ne le découragez pas : c’est peutêtre le signe d’une vocation d’ingénieur. C’est du moins ce qui s’est passé avec Gaëtan Kerschen. « C’est vrai que, enfant, j’aimais beaucoup construire avec des Lego, s’amuse-t-il aujourd’hui. J’ai aussi toujours été attiré par les ordinateurs et la technologie. J’ai commencé à programmer vers l’âge de 11 ou 12 ans. » À cela s’ajoute un autre intérêt : le ciel et l’espace. Quoi de plus évident que de rêver être pilote de chasse ? Las, une myopie vint briser ce rêve. La voie des études d’ingénieur s’impose. « Je n’ai pas hésité, c’était un choix naturel. » Et plus encore de s’orienter vers le secteur aérospatial. « Si l’orientation biomédicale existait à l’époque, j’aurais peut-être hésité car elle offre également des perspectives fascinantes : développer des technologies applicables au corps humain représente un défi de taille. » Au fond, ce qui anime avant tout Gaëtan Kerschen reste la dimension appliquée de la recherche : « J’ai toujours été attiré par ce que l’on peut concevoir et construire. D’ailleurs, je n’avais pas l’intention de réaliser une thèse de doctorat. Mais en dernière année d’études, j’ai effectué un stage dans une entreprise qui s’appelait alors Techspace Aero*, qui fabrique des moteurs d’avions. Moi qui avais toujours apprécié la pratique, j’ai réalisé que le côté théorique me manquait. Quand on m’a proposé d’entamer une thèse de doctorat, j’ai accepté… et je ne l’ai jamais regretté. » VIBRATIONS NON-LINÉAIRES Sa thèse (2003), dans le prolongement de son travail de fin d’études, a porté sur les vibrations non-linéaires. Elles satisfont l’aspect concret qu’il affectionne : « Quelque chose qui vibre, on le voit, on le sent, on l’entend. » Quant à la non-linéarité, elle va contenter son intérêt pour la recherche. Si elle pose de réels problèmes dans le monde industriel, particulièrement en aéronautique et dans le spatial, elle est encore peu prise en compte à cause de la complexité des phénomènes qu’elle engendre. La non-linéarité signifie que les relations entre forces appliquées et réponses des systèmes ne sont pas proportionnelles (contrairement à une relation linéaire). Des réponses – qui peuvent aller jusqu’au chaos – qu’il est donc difficile de prévoir alors que les systèmes ont le plus souvent des réponses non-linéaires. Un avion, par exemple, est composé d’un assemblage de pièces différentes, ce qui implique la présence de jeux : il y a toujours des espaces libres qui permettent aux vibrations de s’installer… jusqu’à ce que celles-ci deviennent trop importantes et génèrent des impacts quand le jeu disponible est consommé. Cette non-linéarité est fréquente dans le spatial et l’aéronautique, aussi à cause des grandes différences de température. En résumé, une structure n’est donc jamais linéaire car il suffit de la déformer suffisamment pour qu’apparaisse une nonlinéarité. GAËTAN KERSCHEN Une trajectoire de haut vol MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 45 LE PARCOURS
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=