animale ou celle de leurs droits, mais qu’elle est un sujet éminemment politique traversé de questionnements qui ont trait à la justice sociale. « Le capitalisme a besoin de l’exploitation. Son fonctionnement implique nécessairement de traiter la nature, en ce compris les animaux, comme des “externalités”, comme des ressources gratuites mises à la disposition de la production, précise la philosophe. Mais ce n’est pas tout : il tend aussi à dénigrer voire à traiter comme externalité la valeur du travail des personnes (les femmes en particulier, mais tout autant les personnes issues de minorités ethniques et des peuples autochtones) qui s’acquittent de travaux dits “non productifs”, mais qui contribuent cependant à la reproduction sociale, comme les tâches de soins aux personnes. Ce sont ces mécanismes, familiers parce qu’ils sont depuis longtemps au centre de nos sociétés, qui nous poussent à maltraiter et à dénigrer les animaux tout autant qu’ils nous poussent à maltraiter et à dénigrer – à “animaliser” – certains groupes humains vulnérables. Cette maltraitance s’affiche actuellement de manière crue et effroyable aux États-Unis, où des personnes, que notre président compare régulièrement à de la vermine, sont arrêtées, enlevées, tourmentées. » Ainsi, on ne peut souhaiter, comme les font les abolitionnistes7, la fin pure et simple des discriminations entre espèces et de l’exploitation animale qui en découle, sans prendre en compte, que « les pratiques qui détruisent la nature, les animaux et les groupes humains marginalisés sont structurellement liées entre elles, et nous sommes invités à reconnaître que, outre ce lien, les oppositions hiérarchiques entre l’humain et l’animal, les Blancs et les non-Blancs, les hommes et les femmes, ainsi que les primitifs et les civilisés, sont intégrées dans le tissu même des modes d’organisation sociale capitalistes. » En ce sens, il ne peut y avoir de libération animale sans libération humaine. Il ne peut y avoir de justice animale sans justice sociale. 7 L’abolitionnisme ne cherche pas à mettre un terme à l’une ou l’autre pratique au motif que cette abolition améliorerait le bien-être animal, mais bien à abolir toute exploitation animale. Contrairement au welfarisme, l’abolitionnisme ne pense pas qu’il soit souhaitable de rendre l’exploitation plus acceptable, sous peine de ne jamais parvenir à “vider les cages”. JOURNÉES INTERDISCIPLINAIRES SUR LA CONDITION ANIMALE Ces journées sont des rendez-vous internationaux organisés par l’Observatoire de recherche sur la condition animale (ORCA), un réseau académique dont l’objectif est de structurer la recherche française sur la condition animale. Début mai, ce colloque avait lieu à Liège autour du thème des “animaux augmentés”, en collaboration avec le projet de recherche multidisciplinaire liégeois Human-Animal Collectives Assisting the Biosphere (HACAB) emmené par Véronique Servais et Bruno Frère (faculté des Sciences sociales). Constatant avec d’autres que « l’écart entre connaissances scientifiques et demandes sociétales en termes de bien-être animal d’une part et les conditions matérielles d’existence des animaux non-humains d’autre part ne cesse de se creuser », ce colloque s’est penché à la fois sur un ensemble de pratiques destinées à “augmenter” les animaux au sens d’une optimisation de leurs propriétés (en sorte d’en augmenter la performance, et donc la valeur, au sein des systèmes qui les exploitent), et sur les “augmentations” destinées à développer leur bien-être, leur protection ou encore leurs droits. « Ces recherches visent à comprendre ce que les animaux ont à nous dire lorsque l’on cesse de les “augmenter” au sens d’une exploitation capitaliste, et que nous augmentons plutôt leurs opportunités d’adopter les comportements nécessaires à leur bien-être et de créer des relations sociales avec leurs congénères ou avec les humains », résume sam ducourant, chercheuse et professeure associée de sociologie critique. « Nous nous intéressons ainsi, entre autres, aux animaux qui, précédemment en situation d’élevage intensif, voire promis à l’abattoir, vivent désormais en-dehors du capitalisme, dans les sanctuaires par exemple. » * projet HACAB : www.irss.uliege.be/hacab MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 57 L’INVITÉE
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