LQJ 294

LQJ : Et peut-être même aussi de qualité de l’information. S.F. : Les journalistes ont un gros impact sur la vie des gens, à la fois ceux qu’on interroge et ceux qu’on informe. Dans cette optique d’ouverture, nous aurions tout à gagner à faire plus de journalisme sur le journalisme. Dans la revue Journalistes de l’AJP, nous essayons de faire vivre davantage les enjeux journalistiques : les journalistes, qui informent sur toute une série de questions, informent finalement peu sur la façon dont l’information se fabrique et couvrent peu la crise que traversent les médias. Enfin, cela passe aussi peut-être par une plus grande mise en avant des standards déontologiques, à laquelle est tenue toute la profession. Parce que s’il y a actuellement beaucoup de moyens mis en place pour lutter contre la désinformation, il y en a peu pour soutenir une information de qualité. Or, il s’agit des deux faces d’une même pièce. LQJ : Y a-t-il d’autres facteurs à prendre en compte ? C.W. : Il est nécessaire pour les journalistes de se ménager des espaces, pour réfléchir individuellement et collectivement d’où ils parlent, et de prendre le temps de se positionner. Les rédactions sont souvent des groupes sociaux homogènes, et cette réflexivité sur les pratiques est importante si on veut parler à d’autres. O.D. : La question du prix est cruciale. Chaque abonnement, individuellement, ne paraît pas très cher, ce qui donne une impression d’accessibilité. Mais toutes les couches de la population n’ont pas les mêmes facilités. C’est pour cette raison que certains médias essaient de rester au tout-gratuit, afin de toucher un public le plus large possible. C’est évidemment de plus en plus rare, car c’est un modèle extrêmement difficile à tenir sur le plan financier. Et ça l’est encore plus si l’on veut conserver un maximum d’indépendance. La plupart des médias rendent donc de plus en plus de contenus payants. C’est un choix compréhensible mais, ce faisant, ils se ferment à une partie du lectorat. En Belgique, la plupart des médias dits “indépendants” et “progressistes” dépendent ainsi très fortement des abonnements. Ce qui, en fin de compte, les empêche d’atteindre certaines minorités auxquelles ils aimeraient pourtant s’adresser. Cela peut mener à une certaine forme d’élitisme. Ce sont des enjeux très complexes : la formule parfaite n’existe pas. S.F. : Et pourtant, l’information n’est jamais gratuite ! On oublie souvent que la RTBF, qui diffuse une information sans abonnement, est un service public financé par l’impôt. Pour moi, le danger vient justement de la prétendue gratuité de certains médias. Comment l’information est-elle rémunérée ? Bien sûr, j’ai tout à fait conscience que cette question du prix peut créer un système à deux vitesses, parce que tout le monde ne peut pas mettre 15 euros dans un magazine comme Imagine. Mais l’information n’étant pas gratuite, il est nécessaire de réinterroger le rôle du service public, et à quel point il peut soutenir un secteur qui, par définition, n’est pas et n’a jamais été rentable. On peut se poser la question d’une ré-augmentation de l’enveloppe de soutien public au journalisme, puisqu’il s’agit finalement d’un service rendu à la société. L’information est un bien commun. * Kiosque est un “collectif de médias belges francophones et libres”. Il est à ce jour composé de sept titres : Alter Échos, axelle, Imagine, Le Ligueur, Médor, Tchak et Wilfried. ** Étude qualitative, publiée en 2025, qui porte sur 20 rédactions, aux USA, en Europe, dans le nord de l’Afrique et en Asie. COLLOQUE ET TABLE-RONDE Le colloque a lieu les 28 et 29 mai, à la salle Danica Seleskovitch (bât. L5, 4020 Liège) et à la Salle académique (bât. A1, 4000 Liège). Une table-ronde avec des journalistes professionnel·les responsables de médias membres de Kiosque, ouverte au grand public, a lieu le 28 mai à 20h à la Salle académique. En présence des journalistes Sarah Freres (Imagine et AJP), Quentin Noirfalisse (Médor), Sabine Panet (axelle) et Yves Raisière (Tchak). * www.lemme.uliege.be Outre Olivier Daelen et Caroline Wintgens, le comité d’organisation compte Geoffrey Geuens, David Leloup et Christine Servais (ULiège), ainsi que Florence Le Cam (ULB) et Philippe Hambye (UCLouvain). MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 67 LE DIALOGUE

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=