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le CA du groupe de presse auquel appartient le média. Certains résultats se révèlent franchement interpellants. Cela résulte, à notre avis, soit de pressions directes sur la rédaction, soit d’une autocensure de la part des journalistes, conscients des rouages de leur entreprise et des noms qu’il vaut mieux éviter d’égratigner. C.W. : Il est important de distinguer l’influence directe et la volonté d’orienter l’information, avec des atteintes claires à la déontologie journalistique, des pratiques telles qu’elles ont l’habitude de se faire au sein des rédactions, qui ne sont pas des pressions directes, mais qui orientent la manière dont l’information est présentée. S.F. : Il est vrai qu’on peut être tout à fait indépendant, et subir tout de même des petites pressions, relativement invisibles, mais quotidiennes. Demander d’envoyer les questions à l’avance ou relire un article avant publication sont des pratiques qui se sont largement répandues, mais qui sont problématiques. Il y a là des questions éthiques très importantes : qu’un ministre ou qu’une personne victime de violence conjugale demande à relire un article avant publication n’appartient clairement pas au même niveau de pouvoir ! À mes yeux, le plus grand risque pour l’indépendance éditoriale, ce ne sont pas tant les pressions extérieures que la possible autocensure de la part du journaliste. O.D. : Dans le cas de pressions extérieures, le journaliste a la capacité de les dénoncer, ou de s’entourer de la société des journalistes de la rédaction. L’autocensure est probablement plus difficile à contrer, dans la mesure où elle opère dans l’esprit des journalistes eux-mêmes. LQJ : Pensez-vous que cette situation est amenée à évoluer ? S.F. : Nous sommes dans un contexte particulier, avec la fusion prochaine des deux entreprises qui détiennent l’ensemble des médias privés traditionnels de Belgique francophone, IPM et Rossel. Or, si un seul acteur est susceptible de détenir sept médias, il est absolument indispensable que les rédactions reçoivent des garanties d’indépendance éditoriale et qu’il y ait une plus grande transparence à ce sujet. D’autant plus que ces rédactions font régulièrement appel à des journalistes freelance, souvent mal payés, et dont le risque d’autocensure est d’autant plus grand face à un seul acteur économique. Pour cette raison, je pense que de bonnes conditions de travail et le fonctionnement correct d’une entreprise de presse sont intrinsèquement liés à la qualité de l’information. LQJ : Comment le public peut-il s’orienter dans ce paysage médiatique ? S.F. : Lorsqu’un média se dit indépendant, il est nécessaire de comprendre par rapport à quoi. Le magazine Wilfried, par exemple, se dit indépendant de tout grand groupe de presse. Chez Imagine, on se positionne indépendamment de tout grand groupe de presse et de tout parti politique – ce qui est important puisque la naissance du magazine est liée au parti Écolo. O.D. : Malheureusement, l’indépendance est devenue un argument, presque marketing. Il est mis en avant par absolument tous les acteurs médiatiques, des plus institués tels que Le Soir ou RTL, aux plus récents comme 21 News, en passant par ceux du collectif Kiosque*. Pourtant, les structures de ces différents médias sont fondamentalement différentes. Je pense, en outre, qu’aucun média ne peut être totalement indépendant. Il s’agit d’une condition vers laquelle on peut tendre plus ou moins, mais jamais entièrement. Cette question sera d’ailleurs interrogée lors du colloque. S.F. : C’est pour cette raison qu’il nous faut être clair sur ce qu’on met derrière le concept d’indépendance. Est-ce lié au modèle de gouvernance, au modèle économique ? Le public doit aussi pouvoir interroger cette notion, et les conséquences que cela a pour lui. C.W. : La relation au public est très importante sur ces questions. Une chercheuse que l’on invite au colloque, Bissie Anderson, a beaucoup travaillé sur ce qu’elle nomme le “journalisme pionnier” à plusieurs endroits dans le monde**, et a identifié deux traits en commun : être significatif au sein de sa communauté (being meaningful) et être relationnel (being relational), c’està-dire laisser place à la relation au lectorat. Elle explique que, pour des raisons d’indépendance, le journalisme a toujours eu tendance à monter des murs autour des rédactions pour ne pas se laisser influencer par le public. Or, dans les manières alternatives de faire du journalisme, le public a toute sa place dans la production de l’information. Est-ce qu’on lui demande son avis, estce qu’on l’invite à participer à la fabrique de l’information, et de quelle manière ? Il y a là une vraie question de démocratie. MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 66 LE DIALOGUE

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