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À l’occasion de l’exposition pour ses dix ans, “Les coulisses d’une collection”, La Boverie met en lumière celles et ceux qui œuvrent loin des regards. Parmi eux, les chercheurs et chercheuses du Centre européen d’archéométrie, une équipe de scientifiques et historiens de l’art qui auscultent les toiles. ARTICLE LISA NEIRYNCK MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 70 UNIVERS CITÉ En mai 2016, après trois ans de travaux, le bâtiment de La Boverie faisait peau neuve en offrant un nouvel écrin aux collections du musée des BeauxArts de Liège. Plus d’un million de visiteurs et une étoile Michelin plus tard, La Boverie n’a jamais été aussi resplendissante. Si les œuvres de Delvaux et les clichés de Doisneau attirent les foules lors des expositions, le musée présente également sa collection permanente, riche et diversifiée. C’est grâce aux travailleurs de l’ombre qui l’entretiennent et la font vivre que l’institution située au cœur du parc du même nom a pu, au fil des ans, devenir un lieu artistique et touristique incontournable. Parmi ces professionnels des coulisses, Catherine Defeyt et David Strivay travaillent en étroite collaboration avec les équipes du musée. Elle est historienne de l’art et restauratrice, il est physicien. Ensemble, ils pilotent les recherches sur la matière picturale du Centre européen d’archéométrie (CEA) de l’ULiège. La mission principale du CEA – uni par convention depuis plus de dix ans aux musées de la Ville de Liège – consiste à comprendre les productions artistiques. Chimistes, physiciens, géologues, archéologues et historiens s’allient pour “hyperdocumenter” une œuvre, un courant, un artiste. À l’aide de techniques en constante évolution, les chercheurs analysent des toiles et plongent au plus profond de leur substance. Jusqu’à rendre visible l’invisible. « Prenons l’exemple de La Violoniste du Néerlandais Kees Van Dongen, lance Catherine Defeyt en s’approchant du tableau qui fera partie de l’exposition [lire l’encadré]. À l’œil nu, on voit uniquement une musicienne appuyée sur un piano. Il s’agit en réalité d’une double peinture. » Le portrait d’une dame se devine en effet, dissimulé derrière l’œuvre principale. « L’existence d’une œuvre sousjacente n’est pas rare et c’est là que nous intervenons », complète David Strivay. À coups de rayons X, lumières infrarouges ou rayonnements ultraviolets, ils scrutent le tableau pour dévoiler ses secrets. « Que l’art de Van Dongen relève du fauvisme n’est plus à prouver, reconnaît l’historienne. Mais il est intéressant de constater qu’il utilisait fréquemment le bleu de cobalt. » Il ne s’agit pas de confirmer le style d’un peintre, mais d’identifier son geste, la matérialité de l’œuvre et ses composants pour tenter d’en connaître davantage sur ses influences, son savoir-faire. Quant à la double peinture, « cela peut en dire long sur le travail d’un artiste ». La raison est souvent pécuniaire – « par manque de moyens, les peintres achetaient une vieille toile sur les marchés aux puces ». Parfois, le motif est personnel. « Une maîtresse abandonnée, une histoire malheureuse… Qui sait ce que l’artiste a voulu recouvrir, s’amuse-telle. On sait que Kees Van Dongen était particulièrement volage, cela expliquerait le portrait caché. » Au-delà de la révélation d’infidélités ou de chagrins d’amour, l’archéométrie facilite la restauration d’une toile ou rectifie des erreurs de datation. « Grâce à un diagnostic de conservation, il est possible d’identifier les différentes couches picturales d’une œuvre, parfois altérées avec le temps ou à la suite d’un travail de repeinte antérieur », détaille David Strivay. C’est en établissant une cartographie des éléments chimiques et des matériaux utilisés que les restaurateurs pourront rénover le tableau de façon adéquate. Ces techniques de pointe permettent de démasquer des contrefaçons et de mettre en évidence des marqueurs chronologiques en vue d’une datation. « Il n’était pas ARCHÉOMÉTRIE Diagnostic pictural

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