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LQJ : Outre cette résistance et ces voies de financement, sur quels axes vont s’appuyer les années à venir ? A-S.N. : L’autre grande ligne de force, c’est l’adaptation de nos programmes de recherche et d’enseignement face aux bouleversements du monde et aux défis de la société. D’une part, en allant de plus en plus vers l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité, indispensables pour faire face à la complexité des enjeux. D’autre part, en poursuivant et augmentant nos efforts de formation et de recherche en matière de transition climatique, énergétique, environnementale – les canicules, les feux, la sécheresse des mois derniers, les inondations de 2021 nous ont violemment ramenés à la réalité. En tant qu’université responsable, nous souhaitons participer et proposer notre expertise pour la construction de politiques de prévention et de gestion à travers la création d’une task force notamment, via notre laboratoire des transitions. Un autre défi majeur est l’expansion de l’intelligence artificielle dans notre quotidien. Quels impacts pour l’enseignement et la recherche ? Que signifie, aujourd’hui, l’acquisition des connaissances chez un étudiant face à la mémoire artificielle? Comment tester ces connaissances ? Comme évaluer un travail d’étude personnel et aidé par l’IA ? Quelles évolutions pour les métiers auxquels nous formons ? Comment valoriser la connaissance profonde, celle qui permet d’évaluer si une IA dit vrai ou faux ? Nous sommes en train de construire une feuille de route sur toutes ces questions et je souhaiterais désigner une ou un chargé de mission pour animer et coordonner les différents groupes de travail déjà en place. Dans la recherche, l’IA est présente depuis longtemps ; son développement actuel ouvre de nouvelles possibilités qui peuvent accélérer le rythme des expérimentations. Comment maintenir et garantir l’excellence, la vérification, l’éthique et la sobriété dans ce mouvement d’amplification ? Notre réflexion s’étend également à notre administration, afin d’aider, de fluidifier les tâches tout en préservant le contact humain tellement essentiel à notre travail. LQJ : Cette Rentrée académique est placée sous le thème “lucidité, courage, créativité”. Qu’y a-t-il derrière ces termes ? A-S.N. : La lucidité vient en premier. Pour relever les défis qui nous attendent, répondre aux nouveaux besoins, il faut comprendre les choses mais aussi oser porter un regard lucide sur la réalité du monde, même si c’est inconfortable. Réchauffement climatique, inégalités, vaccino-scepticisme… : certains responsables détournent le regard. Le courage suit naturellement la lucidité dans notre métier de chercheurs : que fait-on après avoir posé un diagnostic ? Osons-nous le dire ? Osons-nous nous démarquer des chemins classiques ? C’est là qu’arrive, et c’est la suite logique, la créativité. Comment réinventer un monde désirable, souhaitable avec et pour nos étudiants ? Comment trouver ou rendre du sens ? Les universités ont, je le dis, une part de responsabilité à prendre. LQJ : Trois personnalités internationales seront mises à l’honneur, tout au long de l’année. Qu’est-ce qui vous pousse à leur décerner les insignes de docteures et docteur honoris causa* ? A-S.N. : Kornelia Polyak, du Dana-Farber Cancer Institute à Boston, est l’une des chercheuses les plus remarquables sur le cancer du sein [ndlr : voir dossier en pages 10 à 17]. Elle a consacré l’essentiel de sa carrière à l’une des maladies les plus fréquentes chez la femme. Face à certains délires anti-scientistes qui voudraient stopper “les soins et études genrées”, il faut du courage pour poursuivre. Pierre Haski, journaliste français attaché aux sujets internationaux, propose une analyse du monde d’une lucidité remarquable, sans parti pris. Et en tant que président de Reporters sans frontières, il rappelle l’importance du journalisme, de plus en plus critiqué et malmené. La juriste américaine Jane Ginsburg, quant à elle, aborde notamment la question de l’intelligence artificielle par l’angle du droit : comment protéger la création intellectuelle tout en permettant sa circulation. Les chercheurs sont sans cesse confrontés à cette question, celle de la protection de leurs idées. SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 24 ALMA MATER

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