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SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 38 OMNI SCIENCES Menée par l’institut de sondage YouGov, cette expérimentation a consisté à présenter à un échantillon représentatif de la population algérienne adulte des textes courts, éventuellement accompagnés d’images inquiétantes, présentant les risques de décès en mer, d’arrestation et d’expulsion sur le territoire européen, ou encore de la présence de murs et de grillages érigés autour de l’Europe et visant à contenir l’immigration irrégulière. Une fois ces textes montrés, leur volonté de migrer était questionnée. « Conformément aux études qualitatives menées précédemment sur le sujet, cette expérience prouve que chez les personnes désireuses de migrer en Europe, aucun de ces messages n’a eu d’effet dissuasif », note Jean-Michel Lafleur. UN SOUTIEN IMPORTANT À la suite de cette première étude, les chercheurs se sont penchés sur la propension de la population belge à être ou non favorable à une régularisation des personnes sans-papiers aujourd’hui en Belgique, et sur les messages susceptibles de modifier cette opinion3. « Cette recherche s’inscrit véritablement dans un contexte européen de montée de l’extrême droite, où l’on part du postulat que les populations européennes souhaitent une politique migratoire ferme, et que toute inaction de ce côté conduira à une victoire électorale de ces partis, cadre JeanMichel Lafleur. Les propositions de l’extrême droite sont alors reprises par les partis au pouvoir, ce qui en retour légitimise leurs positions, sans même parler des conséquences très sérieuses en termes d’entraves aux droits humains. Face à cela, un de nos objectifs a été de montrer qu’avec des changements de cadrage, c’est-à-dire en présentant l’immigration irrégulière différemment, tout en étant extrêmement rigoureux sur les faits, il est possible de construire un soutien pour des politiques migratoires qui soient respectueuses du droit et des personnes migrantes. » Construite sur un principe identique à la première, cette seconde enquête a consisté à montrer différentes vignettes à un échantillon représentatif de la population belge. La première comporte un court texte narratif rappelant que les personnes sans-papiers ne représentent qu’à peine 1% de la population résidant en Belgique, et que la recherche scientifique a démontré que leur régularisation ne produirait pas “d’appel d’air” pour des nouvelles migrations irrégulières. La deuxième, inspirée d’une histoire réelle parvenue par la presse, présentait une femme sans-papiers, très active dans sa communauté et autour de qui la population s’est mobilisée lorsqu’elle a reçu un ordre de quitter le territoire. Les autres vignettes présentaient les avantages économiques et sociaux de la régularisation des personnes sans-papiers, le double standard des autorités qui proposent une régularisation aux fraudeurs fiscaux, mais refuse celle des immigrées et immigrés irréguliers, et enfin le système à double vitesse qui permet aux étrangers fortunés d’avoir un accès privilégié à l’Europe. Avant même de mesurer l’effet des différentes vignettes sur l’opinion des personnes sondées, l’étude menée par les deux chercheurs montre qu’une majorité des personnes interrogées est favorable à la régularisation des personnes sanspapiers qui travaillent (53 %), et encore plus lorsqu’il s’agit de métier en pénurie (54 %). De même, 45 % des sondés sont favorables à la régularisation des personnes ayant tissé des liens sociaux étroits. Ces chiffres, déjà élevés, sont encore renforcés par les deux premiers messages testés, c’est-àdire la mise en récit des données scientifiques (+7 % au soutien à la régularisation des personnes sans-papiers qui travaillent), et l’exposition du récit de vie d’une personne sans-papiers, avec une augmentation de près de 8 %, voire 10 % d’adhésion à la régularisation des personnes occupant un métier en tension. « Cette étude, en mettant en lumière le large soutien populaire en faveur des personnes sanspapiers et notamment celles qui travaillent, montre que la population est réceptive aux bénéfices qu’elle tire de l’immigration, soutient Jean-Michel Lafleur. Nous vivons aujourd’hui dans une société qui a été transformée par la migration, et cette dernière est devenue un élément essentiel de notre bien-être. Chacun d’entre nous est fréquemment confronté à ces populations immigrées, que ce

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