Voix des sans-papiers SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 37 OMNI SCIENCES de certaines politiques publiques sur l’opinion publique », indique le politologue. Les deux chercheurs ont vu dans ces méthodes un moyen de poursuivre leurs travaux sur l’opinion publique, après leur livre commun, publié en 2017 et intitulé Pourquoi l’immigration ? 21 questions que se posent les Belges sur les migrations internationales au 21e siècle1. « Nous avions la volonté, très présente à l’époque dans la littérature scientifique, de démonter les clichés sur ces questions et de présenter la réalité de façon rigoureuse, retrace Jean-Michel Lafleur. Néanmoins, dans le monde des algorithmes qui est le nôtre, où les informations qui vont à l’encontre des opinions passent sous le radar, cette approche a montré ses limites. Et il nous est apparu que nous devions mieux comprendre le fonctionnement de l’opinion publique, et de ce qui peut la modifier. » Dans ce contexte, les chercheurs ont donc décidé de tester l’effet de messages sur la population, et ce de deux manières différentes : d’abord sur les populations des pays à l’origine des migrations, puis sur les populations réceptrices de ces dernières, à l’instar de la Belgique. « Ce travail a été rendu possible grâce à la grande expérience d’Abdeslam Marfouk dans les méthodes d’enquête publique, souligne-t-il. Économiste de formation, il a longtemps travaillé à l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps), et il est un spécialiste des questions de discrimination et d’opinion publique. » UNE DÉFIANCE GÉNÉRALISÉE Alors que les pays de l’UE dépensent un budget conséquent dans des campagnes de communication destinées à décourager les migrations clandestines, leur efficacité est contestée depuis longtemps par de nombreuses recherches sur le sujet. « Ces campagnes reposent sur la croyance selon laquelle les personnes migrantes sont mal informées sur les dangers qu’elles courent en tentant de gagner l’Europe, et qu’il suffirait de les informer correctement pour faire cesser les flux, relève Jean-Michel Lafleur. Or, les études menées jusqu’à présent montrent qu’au contraire, les populations migrantes sont plutôt bien informées sur ces risques. De plus, rien n’indique que les messages diffusés sont crus par le public cible. Au contraire, la littérature indique plutôt que les auteurs de ces campagnes ne sont pas considérés comme des sources crédibles. » Pour autant, les recherches menées jusqu’à présent étaient de nature qualitative, et les nouveaux outils à disposition des chercheurs leur permettent désormais, et pour la première fois, de mener des recherches quantitatives d’ampleur, représentatives de l’ensemble de la population d’un pays. « Dans notre volonté d’informer les décideurs politiques sur l’efficacité de leurs actions, les chiffres sont un argument puissant », estime le politologue. C’est donc l’Algérie qui a été choisie comme pays pour tester l’efficacité de ces campagnes de communication, alors que les Algériens et Algériennes constituent en effet une des premières populations en séjour irrégulier en Europe2.
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