SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 41 OMNI SCIENCES fabrication du textile-polymère, le contenant du dispositif si l’on veut. L’alginate, polysaccharide naturel extrait d’algues, la polycaprolactone, polymère qui reste souple à la température du corps, et le polylactide, lui aussi polymère biodégradable issus de ressources naturelles comme le maïs, ont été retenus. L’équipe de l’ULiège s’attaquait quant à elle au problème de l’encapsulage – et du relargage – de la substance active. PARTICULES DE SILICE « Nous avons sélectionné des particules inorganiques, explique Stéphanie Lambert, dans lesquelles il était possible d’incorporer des agents antimicrobiens. » Les scientifiques liégeois ont ainsi testé différentes structures de particules de silice. Autrement dit du dioxyde de silicium (SiO2), composé le plus abondant de la croûte terrestre*, que l’on sait biocompatible et inerte vis-à-vis de notre organisme. Ces particules ont d’abord été testées, notamment au niveau de leur porosité ou de leur possibilité de liaisons pour évaluer leur capacité d’adsorption en présence des deux agents antimicrobiens retenus**. L’étape suivante a consisté à étudier l’encapsulation des agents antimicrobiens dans les échantillons de silice. L’attraction/répulsion des charges de surface, la taille des pores des capsules de silice, leur texture ou leur volume influencent en effet à des degrés divers une plus ou moins grande réussite d’encapsulation. Plus les pores sont nombreux et plus la surface est grande, plus importante est la quantité d’agents antimicrobiens à pouvoir être encapsulée. Enfin, dernière étape et non la moindre : étudier le relargage de l’agent antimicrobien au cours du temps, celui-ci devant évidemment être progressif. « Pour ce faire, nous avons analysé les interactions électrostatiques présentes entre les molécules des substances antimicrobiennes et la surface des molécules de silice. Et nous avons ajusté ces interactions afin qu’elles soient suffisantes pour permettre l’absorption d’une certaine quantité d’antibiotique, mais pas trop forte pour qu’elles diminuent en présence d’un milieu aqueux, tels des exsudats comme il s’en échappe des blessures, permettant ainsi le largage des substances actives. » Une réelle nouveauté ? Oui, car les pansements actuels n’ont pas cette faculté antimicrobienne d’où le fait qu’ils doivent être fréquemment changés. Ou, s’ils en ont, ils peuvent devenir toxiques pour le corps humain. C’est le cas des particules d’argent contenues dans les pansements pour les grands brûlés qui peuvent induire des réactions inflammatoires si le traitement se prolonge. Un projet européen, développé en partenariat avec des industriels, démarrera l’an prochain afin de réaliser de premiers tests in vivo ; des études pré-cliniques sur des patients devraient suivre. REGÉNÉRER LES TISSUS Fort de ces succès, le laboratoire liégeois, toujours avec Centexbel et des partenaires européens, envisage de déposer un projet européen qui étend les fonctionnalités des pansements. « Empêcher le développement des infections est bien, participer en même temps à la régénération des tissus, comme la peau par exemple, est encore mieux, poursuit Stéphanie Lambert. Regrouper plusieurs propriétés sur un seul dispositif médical est une tendance – nécessaire, notamment pour des questions de déchets – dans laquelle nous nous inscrivons. » L’idée, ici, est d’incorporer, en plus des agents antimicrobiens, des protéines de croissance afin d’aider les tissus organiques (peau, chair) à se reconstituer. Une solution qui pourrait aider les grands brûlés ou les diabétiques qui ont parfois tendance à développer des problèmes ulcéreux au niveau de l’épiderme des pieds, parce que les gels actuellement utilisés finissent souvent par poser des problèmes de rejet. * Rappelons que le silicium, métal ô combien important pour notre civilisation technologique, n’existe pratiquement pas sous forme élémentaire libre (Si) mais est presque toujours associé à d’autres éléments, surtout l’oxygène. ** Ces agents sont la polylysine (PLL) et la polymyxine B (PMB). Le premier est un polymère naturel composé d’acides aminés de lysine ; ceux-ci sont utilisés pour renforcer le système immunitaire ou aider à combattre les virus. Le second est un antibiotique reconnu pour son action efficace contre les bactéries à Gram négatif, comme les salmonelles ou Escherichia coli par exemple.
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