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Arlette Baumans ouvre la porte de son appartement en bord de Meuse. L’éclat de son regard vif rivalise avec le soleil de juin. Une énergie de vie chaleureuse émane d’elle, et une volonté de rigueur aussi. « La perspective de cette rencontre m’a fait beaucoup réfléchir, vous allez me faire écrire un livre », glisset-elle en riant. Sa force se conjugue à l’humilité et au respect de ce qui l’entoure. C’est dans l’économie du geste au service de la juste mise en forme que l’œuvre d’Arlette Baumans et de ses associés – Bernard Deffet, Hervé d’Oultremont et Jean-Christophe Culot – puise sa puissance et sa durabilité. Cette sobriété, l’architecte-urbaniste la revendique. « On ne naît pas architecte, on le devient. Malgré tout, je suis fille de paysans et j’ai vécu plus de 70 ans dans ma maison de naissance, au cœur du pays de Herve. Sans rien, nous possédions le monde, avec les champs comme espaces de liberté. Mes actions sont nourries de ce monde-là et de la sobriété de mes parents. Mon père me disait : “Regarde, ils enlèvent les haies, mais on en remettra, un jour”. » Dans les années 1980, la fille du plateau entame le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. « La lenteur de la marche abolit les impressions de frontières, de limites. L’esplanade Saint-Léonard, les rénovations de la Cité administrative, du Val Benoit à Liège*, d’Interlac à Dison ou encore les espaces publics à Verviers : l’urbanisme et l’architecture d’Arlette Baumans, notamment par son association avec Bernard Deffet, ont dessiné les contours d’une nouvelle manière de voir l’espace public. Loin de l’arrogance et des effets de puissance, la force de son travail puise dans des valeurs humaines de sobriété, d’ouverture et de dialogue – entre les gens, entre nature et culture, entre histoire et futur. Une pratique qu’elle a pu transmettre à ses étudiants pendant plus de 30 ans. Pour l’ensemble de son parcours, l’ULiège la met à l’honneur cet automne, avec le titre “Alumni en lumière”. ENTRETIEN PHILIPPE LECRENIER On passe d’un paysage à l’autre, et il y a quelque chose de l’ordre de la non-définition, que je cherche encore à saisir dans les espaces publics. Ce qu’on appelle le champ ouvert, et qui est pour moi fondamental », confie-t-elle. Aujourd’hui, son utopie urbaine s’esquisse à travers les chemins reliant 24 communes de la métropole liégeoise. Qu’elle arpente à pied. Cette lenteur obstinée reconstruit les racines de son environnement, tout en portant son regard sur demain. Trois grandes boucles en sont nées, des randonnées sur un total de plus de 200 kilomètres. De quoi s’extasier sur la beauté de notre région, s’inspirer de notre histoire et déceler les embryons d’un nouveau monde plus résilient, qui nourrit, qui soigne et qui s’adapte. La marche de l’urbaniste aiguise un enchantement dont elle cultive la transmission. CINQ DÉCENNIES D’OUVERTURES DE CHAMP L’histoire d’Arlette Baumans ressemble à un manifeste. Sortie en 1974 de l’Institut supérieur d’architecture de Saint-Luc, elle obtient une licence en urbanisme et aménagement du territoire en 1984. À partir de là, ses deux expertises s’imbriqueront et se répondront continuellement, virevoltant à travers les échelles. Dès le début des années 1980 et jusqu’en 2010, elle y enseigne l’architecture. Comme praticienne – après un stage chez Eugène Moureau –, elle évolue d’abord en tant qu’indépendante, avant de travailler avec l’Atelier d’architecture du Sart Tilman et Claude Strebelle dans les années 1980 et 1990. En 1999, elle s’associe avec Bernard Deffet pour fonder le bureau Baumans-Deffet, qui allait gagner une réputation internationale et de nombreux prix prestigieux – vite balayés lorsque le sujet est abordé. L’essentiel, c’est le geste. Et le geste gagne en pertinence lorsqu’il émane de l’intelligence collective. « Une association n’est pas une rencontre entre des égos. C’est un regroupement de personnes qui partagent des valeurs morales et des bases communes. Bernard Deffet est plus jeune que moi. Il a eu la chance d’avoir comme professeur John Habracken [ndlr : un architecte néerlandais dont les contributions théoriques portent sur la participation des utilisateurs à l’habitat de masse et l’intégration des utilisateurs et résidents dans le processus de conception], qui écrivait ceci : “L’architecte était traditionnellement occupé par des palais monumentaux, des villas et des églises. Cependant, depuis le siècle dernier, les architectes ont été, par la force des choses, complètement immergés dans la totalité du champ. […] Les exigences du quotidien sont grandement différentes de ce qui est nécessaire pour créer l’extraordinaire.” Pourtant, la profession continue de SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 43 LE PARCOURS

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