d’Interlac, en plein centre-ville de Dison. Au début des années 2000, l’imaginaire dominant allait sur une destruction de l’usine pour y installer un complexe commercial. Arlette Baumans et Bernard Deffet connaissent bien Dison. Ils pressentaient pour son cœur tout autre chose, au point de proposer gratuitement une esquisse aux promoteurs du projet. « Il était inconcevable, à nos yeux, de raser cette usine, qui raconte l’histoire de la ville, qui est une magnifique cathédrale de béton. Il y avait lieu d’enlever par endroits pour délivrer le paysage, retrouver la colline qui se trouve derrière. À la suite de la reconversion, le média Vedia y a installé ses studios, et par effet d’entraînement, une dynamique de vie s’est mise en place. » Quand Arlette Baumans évoque sa carrière, toutes ses actions semblent évidentes, simples. Elles ont pourtant souvent été menées à revers de ce qui était attendu, marquant une nouvelle manière d’appréhender l’existant et de mettre en forme. Elle s’amuse en pensant aux cars remplis d’étudiants parisiens en architecture descendant à Dison pour étudier la reconversion d’Interlac, et se flatte de lire, la voix colorée d’une pointe de fierté, ce qu’en écrivait l’architecte Pierre Chabart, directeur des Éditions de la Villette (Paris) : “C’est parce qu’il illustre un des champs de réflexion architecturale à la fois les plus puissants et les moins spectaculaires : la topologie, c’est-à-dire la science des relations spatiales, des rythmes et des enchaînements, des contiguïtés et des ruptures, de l’orientation et de l’ordre des choses, en deçà de toute mise en forme. C’est ainsi qu’avec très peu de moyens, Baumans et Deffet ont pu articuler finement les échelles (architecture/ville/géographie) […], ouvrir des brèches fécondes entre forme et fonction.” RÉNOVER ET TRANSFORMER Au cours des années 80, Arlette Baumans a vu les postmodernistes s’embourber dans l’utopie américaine de l’opulence, tandis qu’elle défrichait une autre route. « Comment réenchanter le monde quand les grands récits se sont effondrés ? À notre petit niveau, je pense que nos projets amènent un peu plus de démocratie. » Ce nouveau récit enchanté se construit nécessairement dans la sobriété. « Une partie de la profession continue de mépriser la rénovation, souligne-t-elle, alors que c’est ce à quoi nous devons consacrer notre énergie pour les prochaines décennies. Rénover et recentrer la vie dans les pôles urbains. » Tous les exemples sur lesquels l’architecte urbaniste revient sont des exemples de transformation. Ses projets à venir le sont tout autant. Dans le cadre du schéma de développement communal de la Ville de Liège, BaumansDeffet a eu pour mission de réfléchir à 15 000 nouveaux logements sans artificialisation des sols. « Le potentiel de transformation en Wallonie est gigantesque, il suffit de lire le foncier disponible, le bâti mutable, les bâtiments inoccupés. Mais plus les moyens sont réduits, plus la lecture doit être fine. » Actuellement, le bureau continue d’aménager le site du Val Benoit en ajoutant peu, en dégageant les espaces, en révélant ce qui est enfoui. « Le défi est de faire d’un ancien campus un morceau de territoire de la métropole. Joseph Moutschen, l’architecte qui a conçu le bâtiment du Génie civil au Val Benoit, avait tout compris de la construction moderniste. Le site est parfaitement modulable. On y enseignait à l’époque ; aujourd’hui, ce sont des lieux de travail et ils peuvent être facilement transformés en logements, si on le souhaite. Moutschen a offert une grande leçon d’humilité vis-à-vis de ce type d’architecture. » L’urbanisme d’Arlette Baumans est presque un acte de foi, à la fois humble et conscient de son impact politique et sociétal fort. Il ouvre et redonne à la ville sa faculté de respirer. À l’image, à l’issue de notre rencontre, des enfants croisés sur l’esplanade Saint-Léonard, en pleine bataille d’eau. L’avenir se trouve peut-être bien dans le champ ouvert. « Trop de définitions sur l’espace public ne permettent pas la liberté. Le champ ouvert appartient à tous et à toutes, tout en n’appartenant à personne. C’est un lieu où les solitudes se rencontrent, qui rassemble et qui construit le “nous”. » Et de se risquer, en riant : « Je me pose encore une question : est-ce que ce que j’ai réalisé aidera les humains de demain à vivre plus sereinement ? » * Ces projets ont été menés en association momentanée avec Aloys Beguin pour Saint-Léonard, avec Canevas pour la Cité administrative et avec Alain Dirix pour le Val Benoit. SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 45 LE PARCOURS ALUMNI EN LUMIÈRE Arlette Baumans, diplômée et enseignante de l’Institut supérieur d’architecture de Saint-Luc (qui fusionna en 2010 avec Lambert-Lombard pour former l’actuelle faculté d’Architecture de l’ULiège), sera mise à l’honneur le 26 novembre à 18h, en tant qu’“Alumni en lumière”. La soirée, qui aura lieu à la salle académique (place du 20-Août, 4000 Liège), est ouverte à toutes et tous. * inscriptions sur www.alumni.uliege.be/arlette-baumans-2026
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