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SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 49 OMNI SCIENCES objectifs n’ont pas été obtenus, soit que ces conflits se sont mal passés – songeons aux bains de sang qu’ont été les guerres d’Indochine et du Vietnam –, soit qu’ils ont contribué à faire empirer des situations déjà peu enviables – songeons à l’Irak, à l’Afghanistan et à la Libye, trois théâtres d’opérations occidentales qui ont dégénéré en guerres civiles elles-mêmes génératrices de violences. » Cette lecture en termes d’efficacité enferme la violence dans la technicité et, en dernière analyse, la confine à un exercice managérial de la guerre qui aveugle sur les effets de long terme. RECUL ÉTHIQUE Emmenés par Julien Pomarède, les chercheurs associés au Centre for the study of war and violence s’intéressent en particulier à la dévastation de la guerre en tant qu’épicentre à partir duquel il est possible de penser les phénomènes qui l’entourent. « Nous cherchons à comprendre la destruction dans sa matérialité ainsi que dans ses effets sur les politiques guerrières elles-mêmes et sur les communautés humaines. » L’immoralité croissante des conflits contemporains demeure cependant, aggravée par l’utilisation elle-même grandissante de l’intelligence artificielle dans l’exercice de la guerre. « Celle-ci nous fait franchir un nouveau seuil d’immoralité. Elle affaiblit considérablement la capacité de jugement humain lorsqu’il s’agit de décider de ce qui constitue ou non une cible légitime et permet d’accélérer le ciblage et les frappes à des vitesses jamais rencontrées. En ce sens, quoique d’aucuns l’aient présentée comme une technologie neutre, précise et donc morale, l’IA contribue en réalité à accélérer et intensifier la violence. Que ce soit en Ukraine, à Gaza ou en Iran, cette “violence algorithmique” est empiriquement immorale et précipite la dévastation du vivant. » n’est pas seulement imprécise : elle renverse le réel. La vulnérabilité devient protection. » Une illusion d’autant plus mystifiante que, depuis la fin des essais nucléaires atmosphériques en 1980, la violence nucléaire est devenue sous-terraine, et donc invisible. « Nos recherches nous montrent que nous sommes fortement enclins à nous auto-aveugler sur les choses qui nous menacent. Plus la menace est grosse, plus nous avons envie de ne pas la voir. » Un nouveau mode d’aveuglement s’ouvre aujourd’hui face au changement climatique. Nos politiques nucléaires sont mises en œuvre comme si les transformations planétaires ne menaçaient pas de les affecter durablement. « Nous savons pourtant, par exemple, que l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires et ennemis historiques, dépendent toutes deux massivement du fleuve Indus pour assurer leur approvisionnement respectif en électricité. Les prévisions suggèrent que, du fait du réchauffement climatique et d’autres dynamiques, ce débit diminuera. Suite à cette diminution, il n’est pas exclu que le régime pakistanais, désormais sans possibilité d’assurer son approvisionnement, s’effondre. Tombera-til gracieusement, ou pourrait-il être tenté, dans un acte final, de causer des dommages irréversibles à son ennemi historique indien en lançant la guerre nucléaire ? » Pour le politiste français, le changement climatique fragilise les logiques qui maintiennent la retenue et le non-emploi. Il modifie les calculs en sorte que l’utilisation d’armes nucléaires cesse d’être inconcevable. C’est donc bien cela qui est en jeu : la production de connaissance valide sur des enjeux de longue durée avec un impact majeur sur nos sociétés et les choix qu’elles posent, dans un contexte où les acteursproducteurs de risques et de violences potentielles sont parfois capables d’aveuglement, de mystifications, mais aussi de monopolisation des données qui nous permettent d’évaluer les effets prévisibles de ce qu’ils font. « Or, pour pouvoir poser des choix en connaissance de cause, il faut pouvoir évaluer ces effets, ce qui requiert d’établir des standards de recherche indépendants. C’est pour cette raison que les projets de Julien Pomarède et ses collègues sont décisifs, conclut Benoît Pelopidas. Je me réjouis de l’existence de ce centre et d’y apporter mon appui ». * Pelopidas Benoît, Repenser les choix nucléaires. La séduction de l’impossible, Paris, Presses de Sciences Po, 2022

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