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SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 48 OMNI SCIENCES qui peuvent être elles aussi très meurtrières, ou encore la violence lente, c’est-à-dire celle produite sur le long terme par les legs de la guerre (munitions non-explosées notamment). Du reste, la guerre ne se résume pas uniquement à des fins : elle relève parfois d’autres logiques que celles de la nécessité stratégique. Elle peut être le théâtre de pratiques très questionnables qui résultent de choix et non d’impératifs nécessaires, comme le fait de viser intentionnellement des civils, de détruire les environnements et infrastructures environnants sans que ces actions soient articulées à des fins précises ». Autrement dit, en réduisant la violence à ses seules finalités, cette grille de lecture passe sous silence l’ensemble du processus de construction et de production de la violence, ainsi que ses conséquences à long terme. Il importe donc de dépasser ce biais intellectuel, d’autant qu’il va de pair avec une autre distorsion : le fait de penser la guerre en termes d’efficacité et, partant, de normaliser la guerre comme un outil efficace de la politique étrangère. Ainsi, puisque la guerre est inévitable, il faudrait s’efforcer de la rendre aussi efficace que possible. « Le discours officiel donne à penser que le paramétrage technologique de la violence – et aujourd’hui son algorithmisation – permet de la rendre plus efficace et donc contrôlable politiquement. Cette manière de penser est une véritable matrice épistémique qui structure les institutions dans la manière dont celles-ci rendent la guerre intelligible à l’ère moderne ». Or, poursuit Julien Pomarède, ce rapport entre technologie et efficacité est hautement questionnable et résiste mal à l’épreuve des faits. L’examen des sources nous apprend que cette recherche d’efficacité dans l’exercice de la violence, censée la limiter à l’accomplissement d’objectifs stratégiques, a au contraire engendré une massification de la violence. « C’est toute l’histoire de la guerre. Les résultats dont on attendait qu’ils soient conformes aux BENOÎT PELOPIDAS, À PROPOS DU NUCLÉAIRE Membre du Centre for the study of war and violence de l’ULiège, Benoît Pelopidas est professeur des universités et fondateur du programme d’étude des savoirs nucléaires (Nuclear Knowledges) de Sciences Po (Paris). Ce programme de recherche créé en 2017 est, pour la première fois en France, indépendant de tout financement porteur de conflits d’intérêt. « Il existe aujourd’hui sur la planète des technologies et processus capables de causer une dévastation de grande ampleur. Sur l’objet très particulier des armes nucléaires, il existe un décalage considérable entre les affirmations faites régulièrement par divers acteurs et les preuves effectivement disponibles », indique le chercheur, faisant allusion à l’influence disproportionnée des acteurs privés sur le discours public relatif à cette thématique. « Il est donc impératif de ne pas abandonner le standard scientifique élémentaire sur ces sujets de première importance et, au contraire, de faire tout notre possible pour produire une connaissance validée par les pairs et de se poser en arbitre du débat public sur ces questions nucléaires. » Réfléchir scientifiquement aux divers enjeux de l’armement nucléaire et y articuler des alternatives pour alimenter le débat public, implique de mettre à distance un ensemble de discours et d’éléments de langage qui, parce qu’ils sont fondés sur des informations tronquées voire inexactes, s’apparentent à de la communication para-institutionnelle qui produit de l’ignorance. « Prenez les missiles balistiques intercontinentaux. Inventés à la fin des années 50, ils sont capables de se déplacer 20 fois plus vite que les bombardiers stratégiques qui ont survolé Hiroshima et Nagasaki. Cette vitesse leur permet d’aller de Washington à Moscou en 30 minutes ». Une vitesse si rapide, selon le chercheur, qu’il ne serait plus possible d’intercepter ces missiles après lancement. « Depuis le début des années 60, lorsque ces missiles ont été couplés à des explosifs thermonucléaires, nous savons donc qu’il n’est plus plausible de protéger nos populations contre une frappe nucléaire, délibérée ou inadvertante. Notre condition première est donc celle de la vulnérabilité. » Or, relève l’auteur de Repenser les choix nucléaires*, nous ne parlons pas des armes nucléaires en ces termes, mais bien en recourant à la métaphore du « parapluie nucléaire », qui renvoie à l’idée d’une mise à l’abri. « Cette métaphore, reprise aussi bien par la presse que par les think tanks et institutions publiques,

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