en modifiant parfois légèrement la formulation. « J’enlève les termes grossiers, je remplace ceux bannis par la plateforme. » Quels sont ses critères de sélection, résumés dans les règles qui trônent au haut de la page ? « Aucune diffamation, offense ou attaque nominative, pas trop de posts d’affilée sur le même sujet pour ne pas lasser, pas de positionnement politique, pas de spotted* ou de publicités, qui ont leurs pages spécifiques », précise-t-elle, soucieuse du regard porté par les abonnés sur la page. Si l’anonymat ouvre parfois les vannes à une certaine agressivité, il peut aussi être un marchepied pour vaincre la timidité – avec cette ambivalence propre aux écrans, à la fois freins et accélérateurs de contacts. Qu’est-ce que ce forum raconte de la vie étudiante ? Au fil des publications, des thèmes récurrents se croisent. Beaucoup de questionnements et témoignages sur les relations affectives, amicales, amoureuses et sexuelles « avec de très belles histoires mais aussi des partages de violences vécues », exprime-t-elle. Des difficultés face au parcours d’études – comment aborder la matière, se motiver, s’organiser avec méthode, faire face à l’échec ? – et au couperet de la finançabilité. De la détresse psychologique due à la solitude, à la complexité de créer du lien, à des relations familiales toxiques, au sentiment d’être incompris, à la fatigue mentale de combiner job(s) et études**. En alternance avec ces partages intimes (et anonymes, donc), la page relaie des messages plutôt drôles : anecdotes festives, références propres à la gen z, situations absurdes, autodérision. Sous certaines confessions, les commentaires s’empilent. Majoritairement solidaires. « Ce qui me manque le plus aujourd’hui, c’est juste de me sentir importante pour quelqu’un en amitié, de sentir qu’on a envie d’être avec moi, de me parler, de partager des choses. La solitude me pèse vraiment beaucoup », confesse par exemple une étudiante. Sous ces mots, des propositions de contacts et des encouragements, messages dont les auteurs et autrices sont cette fois bel et bien identifiés. Parfois, des diplômés, des professeurs ou des parents, abonnés à la page, interviennent. « Souvent, ce sont des conseils bienveillants. Je pense qu’il y a des parents qui suivent la page pour mieux décoder la vie de leurs enfants, observe la modératrice. Mais certains “vieux”, au contraire, sont dans le jugement avec “de notre temps” et “apprenez à mordre sur votre chique”, regrette-t-elle. Ce type de commentaires ne fait que retourner le couteau dans la plaie de quelqu’un qui va mal. On sent une fracture entre les générations. Pour de très nombreux jeunes, on est bien loin des années de prospérité économique. Le stress actuel, financier et sociétal, est un réel enjeu, et la condition étudiante est devenue difficile. » Sans prétendre à une analyse scientifique des situations personnelles et sans se revendiquer le moins du monde psychologue – le formulaire des confessions renvoie d’emblée à plusieurs services professionnels compétents, dans et hors ULiège [lire l’encadré] –, la modératrice dit « modestement espérer » que la page permette là un contact, là un soutien, là un divertissement. C’est cette force de solidarité, doublée de l’humour qui traverse de nombreux posts, qui la motivent à consacrer un temps bénévole non négligeable (plusieurs heures par semaine) à gérer les interactions. Non sans ressentir un fort impact émotionnel à la lecture de certaines confessions marquantes, qui seront publiées ou non mais que son rôle de “filtre” implique de lire intégralement. D’où la nécessité de s’octroyer parfois une pause digitale. Et la réflexion qu’elle a entamée en vue de former une petite équipe pour l’épauler. « Oui, les confessions alternent entre des blagues à propos des WC sur les campus et des témoignages difficiles : c’est là tout l’intérêt. Ce mélange de sujets légers et plus lourds, de détente et d’appels à l’aide, c’est tout simplement la vraie vie ! C’est notre vie. » * Spotted (qui peut se traduire par “repéré·e”) est une forme de déclaration d’amour en ligne, anonyme. ** “Jeunes sous tension : la vie étudiante à l’épreuve du burn-out”, dossier Le Ligueur (mai 2026). SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE Les étudiantes et étudiants de l’université de Liège confrontés à des difficultés personnelles, des doutes, du stress, ou souhaitant parler d’une situation particulière peuvent contacter les psychologues du service des affaires étudiantes, qui proposent des entretiens individuels et confidentiels, gratuits, en présentiel ou visioconférence. Par ailleurs, l’ULiège propose des séances de renforcement motivationnel, par rapport aux objectifs des cours, à la matière, au projet général de formation. * www.student.uliege.be/ecoute-soutien SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 69 UNIVERS CITÉ
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