La mission Artémis 2, qui a emmené quatre êtres humains faire le tour de la Lune en avril 2026, a remis sur le devant de la scène l’exploration spatiale par des vols habités. Le monde entier a tourné les yeux vers cet exploit, salué comme une prouesse. Une quinzaine d’humains sont pourtant présents en permanence dans l’espace (station spatiale internationale et station spatiale chinoise), mais ils font rarement la Une des journaux, hormis quand un compatriote y séjourne. Ces stations, qui orbitent à quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes – la frontière de l’espace se situe à 100 kilomètres d’altitude environ –, sont de véritables laboratoires scientifiques. Les astronautes y passent des journées très chargées, remplies d’expériences scientifiques variées : physique, science des matériaux, biotechnologies, mais aussi recherche médicale (synthèse de nouvelles molécules, améliorations de formulations de médicaments). Ils deviennent en outre littéralement des cobayes pour l’étude du vieillissement osseux, que la microgravité accélère chez eux, à l’heure où l’ostéoporose est l’un des grands enjeux de santé publique avec le vieillissement de la population. Mais ces équipages en orbite restent dans l’environnement immédiat de la Terre, où ils sont encore relativement bien protégés, grâce au bouclier magnétique de notre planète, contre les radiations en provenance du Soleil et les particules cosmiques. Ils dépendent d’un ravitaillement régulier depuis la Terre par des vaisseaux automatiques qui leur apportent nourriture et vêtements et emportent leurs déchets (et leur linge porté, une fois trop odorant !) pour qu’ils se consument dans l’atmosphère. Ces astronautes peuvent être évacués rapidement si nécessaire et communiquer avec le sol à tout instant. Comme ils sont reliés ainsi en permanence à la Terre, on parle rarement d’exploration spatiale dans leur cas. Si le tout récent voyage vers la Lune d’Artémis 2 a marqué les esprits, c’est en partie parce qu’il a renoué avec l’exploration spatiale habitée entamée par les missions Apollo, qui avaient atteint la Lune entre décembre 1968 (Apollo 8, première mission habitée à quitter l’orbite terrestre et à faire le tour de la Lune) et décembre 1972 (Apollo 17, dernière à s’y être posée, ce qui est toujours le cas aujourd’hui). Depuis lors et jusqu’en avril 2026, aucune mission habitée n’avait quitté l’orbite basse terrestre. Or, même si le décalage des communications est à peine perceptible (la Lune se situe à une seconde-lumière de la Terre ; les messages radio entre Lune et Terre voyagent donc en une seule seconde), la dimension d’exploration était pourtant bel et bien présente par comparaison avec les missions des stations orbitales terrestres : quitter le bouclier magnétique de la Terre, voir le globe terrestre en entier (d’où les clichés symboliquement très forts de “petite bille bleue perdue dans l’espace”), n’avoir aucune possibilité de retour rapide vers la Terre en cas de problème majeur, vivre un black-out de 45 minutes lors du passage derrière la Lune qui rend les communications tout simplement impossibles avec notre planète. On comprend mieux pourquoi ces missions continuent de fasciner : elles renouent avec la part d’inconnu propre à toute exploration. Les anglophones parlent de deep space (espace profond) pour bien distinguer cet environnement de l’espace en orbite basse terrestre. Les missions d’exploration habitée au-delà de l’orbite terrestre, comme Artémis 2, font prendre conscience à quel point l’espace est un milieu inhospitalier pour l’être humain. Il faut mettre en jeu des solutions sophistiquées pour pallier le manque d’air, l’absence d’eau et de ressources alimentaires, se protéger autant que possible des radiations ainsi que résoudre un tas de problèmes plus prosaïques (à nouveau, ce lavage des vêtements…). Bref, faire survivre des êtres humains dans l’espace en autonomie presque totale. Le plus long séjour sur le sol lunaire (Apollo 17, encore une fois) a duré 75 heures, soit un peu plus de trois jours. Les missions Apollo, tout comme Artémis 2, n’ont passé qu’une dizaine de jours loin de la Terre. Les défis pour installer une présence humaine dans l’espace de façon continue ou même semi-continue (des séjours répétés de quelques semaines dans des modules installés sur place, par exemple) sont gigantesques. En corollaire, ils coûtent énormément d’argent. On parle d’environ 4 milliards de dollars pour la seule mission Artémis 2, tandis que près de 93 milliards de dollars avaient déjà été dépensés pour le programme Artémis entre 2012 et 2025. Plus de 100 milliards de dollars seront encore nécessaires avant d’atteindre une présence humaine sur la Lune de façon semi-continue, qui est l’objectif ultime du programme Artémis. Il est donc légitime de se poser la question : est-ce bien nécessaire ? Quelles sont les retombées exactes ? SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 7 L’OPINION
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