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coûts et privatisation des bénéfices, dépendance publique à des intérêts privés (potentiellement changeants), ce qui leur donne une influence politique démesurée, et, plus généralement, captation de l’intérêt général. Ceci est dit sans minimiser l’ambition technologique incroyable affichée par ces acteurs, menant à de réelles innovations technologiques. Personne ne croyait que des lanceurs pourraient être réutilisés d’une fois à l’autre, jusqu’à ce que SpaceX le fasse. Autre exemple encore plus emblématique, celui de la constellation Starlink, qui permet un accès à Internet depuis presque n’importe où sur Terre et qui illustre la spectaculaire accélération des activités en orbite basse terrestre, avec plusieurs lancements par semaine. Revers de la médaille : la multiplication des satellites dégrade progressivement la qualité du ciel nocturne, rendant compliquées certaines observations astronomiques professionnelles ou amateurs, et même la simple contemplation… Des bénéfices privés par la captation d’un bien commun – le ciel – et de l’intérêt général à l’observer, ce qui constitue pourtant une expérience importante pour comprendre notre place dans le cosmos. Pour les entreprises privées, l’accès à la Lune (et plus tard, à Mars) est en vérité plus pragmatique que les justifications d’assurance-vie de l’humanité avancées par les milliardaires (« l’humanité doit devenir multiplanétaire avant qu’une catastrophe globale et certaine à long terme ne nous anéantisse », selon Elon Musk). Le programme lunaire permet de structurer l’économie spatiale ; le véritable marché n’est pas tant la Lune ellemême que l’accès à l’espace. Le marché des lanceurs et des satellites en général est bien rentable et occupe une part croissante dans l’économie mondiale. J’y vois un parallèle avec les grandes explorations maritimes du 15e au 17e siècles : derrière la promesse de terres nouvelles pour leurs ressources (le fameux or des Incas), c’est la maîtrise des routes commerciales maritimes qui était en jeu. Les royaumes européens n’ont pas financé des explorateurs comme Colomb ou Magellan pour faire progresser la science ou assurer la survie de l’humanité. Ils cherchaient des voies de commerce, des avantages stratégiques, du prestige, du pouvoir. LE VÉRITABLE ENSEIGNEMENT Alors, l’humain doit-il aller dans l’espace ? En orbite basse, la question ne se pose plus vraiment : les satellites sont devenus une infrastructure essentielle de nos sociétés modernes, tandis que les expériences menées en microgravité ont une portée scientifique réelle. Au-delà, je reste convaincue que l’exploration spatiale habitée, formidable moteur de progrès, d’innovation et d’inspiration, répond aussi à un besoin profondément humain : comprendre et repousser les frontières du connu. Laisser cette exploration aux mains des seuls acteurs privés – qui, guidés avant tout par leurs propres intérêts, la poursuivront de toute façon – serait une erreur fondamentale. L’exploration spatiale me semble légitime, mais les choix collectifs qu’elle implique méritent mieux que les lois du marché ou les décisions d’une poignée de milliardaires. Par ailleurs, il ne s’agit pas de présenter l’exploration spatiale comme la solution à des problèmes qu’elle ne résoudra pas. Mais après 60 ans d’expérience de vols habités, une leçon bien plus fondamentale s’impose. Plus nous apprenons à vivre dans l’espace, plus nous mesurons à quel point il est difficile d’y vivre. Chaque respiration, chaque litre d’eau, chaque kilogramme de nourriture, chaque T-shirt sale, jusqu’aux moindres particules énergétiques solaires et cosmiques : tout devient un défi technique. L’exploration spatiale nous apprend moins à nous préparer à quitter la Terre qu’elle nous montre à quel point notre planète est exceptionnelle. Nous découvrons chaque année des centaines d’exoplanètes ; paradoxalement, plus nous en apprenons sur l’Univers, plus nous réalisons combien les conditions qui permettent notre existence sont précieuses. Il n’existe aujourd’hui aucune planète B capable d’accueillir l’humanité. Explorer le cosmos est une aventure magnifique ; préserver la Terre demeure une nécessité absolue. À ÉCOUTER Podcast À la source sur le parcours de Valérie Van Grootel. * www.podcast.uliege.be/ valerie-van-grootel SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 9 L’OPINION

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