LQJ : L’objectivité journalistique est souvent liée à la notion d’indépendance. Or, le mode de financement de la presse dépend parfois fortement de la publicité. Les journalistes sont-ils protégés de cette influence-là ? S.F. : Il existe normalement, dans les grands médias, un mur entre la rédaction et la régie publicitaire. Et plus ce mur est haut et large, plus l’indépendance éditoriale sera garantie. Cependant, il est vrai qu’il y a là, dans ce contexte de méfiance vis-à-vis de la presse, un enjeu de transparence pour le public, qui mériterait d’être mieux mis en avant. C.W. : Il faut aussi noter que les journalistes gardent, même au sein d’une rédaction, une certaine indépendance d’esprit. On l’a notamment vu en France, avec les soulèvements de journalistes dans les médias privés, lorsqu’ils estimaient que leur indépendance n’était plus assurée. Mais la recherche dans le domaine a montré que la crise que traverse actuellement le journalisme n’est pas seulement économique ou technologique ; c’est aussi, de façon plus large, une crise de confiance de la part du public vis-à-vis des journalistes. En réponse, ces derniers ont tendance à revenir aux fondamentaux, à ces notions d’objectivité et d’indépendance, mais dont on voit bien qu’elles ne fonctionnent plus tout à fait. S.F. : Heureusement, en Belgique, les propriétaires des médias sont des entreprises dont l’activité principale est avant tout la presse, contrairement à la France où la presse est détenue par des milliardaires qui ont d’autres intérêts économiques en jeu. O.D. : Il ne faut pas croire que tout est rose en Belgique, et les barrières entre la rédaction et les autres instances sont parfois poreuses. Deux exemples ces dernières années l’ont bien montré. Le trimestriel Financité, qui défend une finance responsable et solidaire, était encarté dans La Libre Belgique. Les actionnaires d’IPM, groupe de presse qui détient La Libre, mécontents d’un article consacré aux écarts de richesse et illustré par une photo du milliardaire Albert Frère, ont alors exigé la relecture systématique des contenus avant parution, puis la suppression d’une information “dérangeante” liée à banque d’affaires Degroof Petercam, elle-même présente dans le CA d’IPM. Ces pressions ont fini par mettre fin à la collaboration, en 2018. Autre exemple qui a fait du bruit : lorsque les journalistes de L’Avenir ont voulu traiter le scandale politico-financier de Nethys, en 2017-2019, cela a provoqué des luttes en interne – Nethys étant alors actionnaire du journal. À la suite de la parution d’une Une titrée “Comment Nethys a cassé L’Avenir”, trois journalistes, actifs dans l’enquête, ont été licenciés. LQJ : Pensez-vous que les journalistes sont souvent soumis à des pressions de ce type ? O.D. : Même si je doute que les pressions soient quotidiennes, des cas d’ingérence ou d’influence plus ou moins directe existent certainement, et passent sous les radars. Dans un cours donné avec le Pr Geoffrey Geuens, les étudiants analysent le traitement médiatique de certains dossiers susceptibles d’être biaisés en raison de l’actionnariat et/ou d’autres intérêts représentés dans Olivier Daelen Sarah Freres MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 65 LE DIALOGUE
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=