Medical School (Boston), à qui la Rectrice de l’ULiège remet ce 25 novembre le titre de docteure honoris causa pour saluer son engagement scientifique [lire en page 27], s’est ainsi fait connaître par ses travaux sur l’hétérogénéité tumorale et l’évolution, qui explique en grande partie pourquoi le cancer est une maladie si complexe à traiter. « Kornelia Polyak a montré que, même sous traitement, il y avait des pressions de sélection. Les populations tumorales les plus adaptées vont survivre et prendre le pas en proportion sur les autres, comme dans la théorie de l’évolution de Darwin », raconte Pierre Foidart, chercheur et médecin oncologue à l’ULiège, qui a travaillé à ses côtés pendant quatre ans aux États-Unis, et qui tient à souligner, outre sa renommée scientifique mondiale, son soutien constant aux carrières des chercheuses, elle qui fut la première femme nommée investigatrice principale à diriger un laboratoire au département d’oncologie moléculaire et cellulaire du Dana-Farber Cancer Institute, en 1998. Pendant très longtemps, le cancer a en effet été considéré comme une masse de cellules porteuses de mutations semblables. Or on sait aujourd’hui que le cancer varie non seulement d’un patient à l’autre, mais qu’il existe des variations à l’intérieur d’une même tumeur, à savoir des différences de forme et de structure dans les cellules cancéreuses, l’expression de leurs gènes, leur métabolisme, mais aussi leur capacité à se déplacer, à proliférer et à produire des métastases. Nor Eddine Sounni, directeur de recherches FNRS au GIGA-ULiège, s’intéresse précisément au métabolisme des cellules cancéreuses. Il s’est penché plus particulièrement sur les mécanismes de résistance dans le cancer du sein hormonosensible métastatique, aujourd’hui traité avec une combinaison d’hormonothérapie et d’un inhibiteur des kinases dépendantes des cyclines 4/6 (CDK4/6). « Malgré un contrôle temporaire de la maladie, presque toutes les patientes rechutent, explique-t-il. Mais on a observé que les cellules qui résistaient étaient celles qui accumulaient une grande quantité de lipides. » Dans une étude publiée dans Cancer Communications, l’équipe de Nor Eddine Sounni a ainsi montré que les cellules résistantes présentaient un stress oxydatif accru et une augmentation de l’absorption des lipides. Les chercheurs ont par ailleurs identifié une augmentation de l’expression de GPX4, une enzyme qui protège les cellules de la ferroptose, à savoir un processus de mort cellulaire déclenchée par la peroxydation des lipides. « Cela suggère que développer des inducteurs de ferroptose LE TRIPLE NÉGATIF Le cancer du sein triple négatif concerne environ 10 % des patientes, souvent des femmes plus jeunes (moins de 50 ans). Son nom fait référence au fait qu’il ne présente ni récepteurs aux œstrogènes, ni récepteurs à la progestérone, ni récepteurs HER2 (facteur de croissance). Il ne peut donc bénéficier ni d’un traitement par hormonothérapie ni d’un traitement par thérapie ciblée permettant de bloquer certains récepteurs spécifiques comme HER2. Développée au cours des dix dernières années, l’immunothérapie, qui consiste à amener les cellules immunitaires à “reconnaître” à nouveau les cellules cancéreuses comme anormales et à les détruire, permet néanmoins d’améliorer le pronostic des patientes. « Les triples négatifs sont des tumeurs très agressives, donc nous allons aussi être “agressifs” dans le traitement, précise Élodie Gonne. Mais avec ce cancer, la rechute arrive toujours dans les deux ou trois premières années, contrairement aux cancers hormonosensibles qui peuvent rechuter jusqu’à 15 ans après. Les patientes savent donc que si elles ne rechutent pas dans les trois ans, elles peuvent être tranquilles. » Les recherches de Pierre Foidart, chercheur et médecin oncologue à l’ULiège, portent notamment sur ce cancer triple négatif. Il a ainsi montré que le doublement du génome dans ce type de cancer – un phénomène présent dans 44 % des cancers du sein – favorisait la dissémination tumorale, notamment par un échappement immunitaire, et la résistance aux traitements disponibles. Son travail actuel à Liège porte sur la modification des capacités de traduction des ARN messagers en protéines des cellules ayant le doublement de génome, adaptation qui pourrait les rendre plus agressives et aptes à se disséminer plus rapidement. SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 14 À LA UNE
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