MusiClinic du Botanique, salle de consultation. C’est ici que la kinésithérapeute Charline Briol, elle-même adepte du hautbois, du piano et du violoncelle, reçoit des musiciens soucieux d’apaiser leurs douleurs, d’apprendre les bons gestes posturaux. Musicienne d’orchestre professionnelle et professeure, cette patiente d’une cinquantaine d’années vient consulter pour un syndrome du défilé thoracobrachial, ou TOS dans le jargon (thoracic outlet syndrome), soit une compression des vaisseaux sanguins et/ou des nerfs qui vont vers les membres supérieurs. Résultat : des picotements, des lancements, des douleurs, voire une perte de force dans l’épaule, l’avantbras et/ou la main et les doigts. Ce qui l’aide à se soulager et qui permet à son corps de supporter les contraintes qu’elle lui impose, c’est le travail sur la posture, la détente des muscles et le renforcement. Mais ce n’est pas durant ses études qu’elle a appris cela. « On ne nous éduque pas à connaître notre corps. Et ce n’est pas trop dans notre culture de nous plaindre ! On va parfois attendre d’avoir un gros problème ou de souffrir longtemps avant de consulter », confie-telle, heureuse d’avoir trouvé cette approche médicale sensible à sa pratique. « Ce type de suivi devrait faire partie de l’hygiène de vie de tout musicien. J’en discutais avec l’une de mes élèves : les sportifs disposent de nombreux outils et d’un accompagnement spécialisé, notamment en nutrition, alors que nous ne savons même pas bien quoi manger avant un concert. En somme, tout ce qui relève de la préparation nous est encore relativement étranger », ajoutet-elle, rejoignant ainsi le constat qui a poussé à la création de cette clinique spécialisée. Après un suivi de huit mois, les résultats sont encourageants pour la musicienne : « J’arrive à savoir exactement ce que je peux mettre en place au moment où je sens une légère fragilité. J’ai maintenant quelques “outils” que je peux actionner. » Autre séance, autre patiente. Arrive cette fois une jeune violoncelliste qui se plaint de douleurs au poignet droit. Avant de corriger la position et de “s’attaquer” au corps, Charline Briol lui pose une série de questions, afin d’identifier les douleurs et comprendre si elles sont liées ou non à la pratique de l’instrument. Le violoncelle, justement, trône dans le cabinet et fait partie intégrante de la consultation. La présence de l’instrument lors de la première séance est souvent le point de départ de la thérapie, qui se poursuivra avec ou sans lui, pour privilégier alors de la détente musculaire sur la table, ou des exercices de renforcement. Avant de corriger les mouvements de bras avec l’archet ou la position des mains, la kinésithérapeute propose à sa patiente de reprendre de la force dans les pieds, qui sont la base de la position. Elle remarque que ce socle est souvent désengagé chez les instrumentistes, or il est essentiel de s’ancrer pour jouer de la musique. « L’engagement musculaire des quadriceps, des muscles du gainage et du dentelé antérieur (situé au niveau des omoplates) sont la base d’une bonne posture musculaire pour l’instrumentiste, détaille-telle. Le corps est dans une position anatomique la plus stable et ergonomique possible. Les muscles dynamiques peuvent alors être utilisés dans leur réelle fonction de mouvement, améliorant précision, rapidité et liberté de mouvement. » Charline Briol insiste sur l’importance de ne pas se concentrer uniquement sur la zone douloureuse : « La douleur est souvent la conséquence de ce qu’il se passe autour. Les musiciens instrumentistes ont tendance à se focaliser sur cette souffrance précise et à la travailler, alors qu’il faut également renforcer la musculature de manière générale, avec du gainage par exemple. Le but est que la force vienne des muscles de la posture et que ceux-ci soutiennent ensuite les muscles dynamiques, spécifiques aux mouvements requis pour l’instrument. » COLLOQUE Le 10 octobre aura lieu la 14e édition du colloque Sports2 consacré aux musicien·nes, aussi bien instrumentistes que chanteur·euses. Ouvert aux étudiant·es, aux professionnel·les de la santé et à un public averti, le colloque abordera la prise en charge des musicien·nes à travers différents thèmes : chirurgie, rééducation, troubles auditifs, ergonomie et prévention. À l’auditoire Back et Florkin du CHU de Liège, de 8 à 13h. * informations et inscriptions : www.chuliege.be/sports2-2026 CONSULTATIONS À LA MUSICLINIC SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 35 OMNI SCIENCES
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