SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 36 OMNI SCIENCES L’immigration, et en particulier celle qui se déroule en dehors des voies régulières, pâtit d’un contexte particulièrement sensible, voire hostile, en Belgique. Le gouvernement fédéral entend ainsi mettre en œuvre une politique d’asile et de migration extrêmement stricte, au motif qu’il s’agirait d’une demande de la population. Alors que le nombre de voies légales pour rejoindre l’Europe est particulièrement limité, les responsables politiques ne souhaitent pourtant pas mettre en place de campagne de régularisation d’ampleur à destination des 112 000 personnes sanspapiers en Belgique, c’est-à-dire ne disposant pas de titre de séjour valide. Dans le même temps, la Belgique, comme d’autres pays de l’Union européenne, cherche à dissuader les populations de migrer irrégulièrement en Europe, à l’aide de campagnes de communication, souvent au ton inquiétant, au motif que ces populations ne seraient pas suffisamment informées sur les dangers des routes migratoires irrégulières. Ainsi, entre 2015 et 2019, pas moins de 104 campagnes soutenues par des gouvernements de l’UE ont été mises en œuvre. Pour autant, la vérité de ces deux affirmations – le souhait de la population belge de limiter la migration, et le manque d’information des populations migrantes quant aux risques liés aux routes migratoires irrégulières – n’est guère questionnée dans le débat public. « Le champ de la migration est un sujet particulièrement sensible, qui fait l’objet de beaucoup de stéréotypes. C’est pourquoi les études d’opinions y sont particulièrement cruciales, estime Jean-Michel Lafleur, directeur de recherches FNRS et directeur du Cedem. Cependant et jusqu’à présent, ces études étaient avant tout de nature descriptive. Nous étions capables d’estimer le point de vue général d’une population, mais la science n’était pas capable d’expliquer ce qui causait ces opinions ni, potentiellement, ce qui était susceptible de les influencer. » Or, depuis quelques années, les sciences politiques se sont emparées de nouveaux outils capables d’affiner cette compréhension. « Mon collègue Abdeslam Marfouk et moimême avons pris conscience de l’existence de nouvelles méthodes expérimentales, issues de l’économie et de la psychologie, susceptibles de tester spécifiquement l’effet RÉGULARISATION DES SANS-PAPIERS Écouter les voix, ouvrir les voies Comment les populations, migrantes comme accueillantes, considèrent-elles réellement les migrations irrégulières ? À rebours des discours sécuritaires et xénophobes, deux études menées par le Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (Cedem) battent ainsi en brèche les croyances selon lesquelles la population belge serait hostile à toute forme de régularisation des sans-papiers, tout comme celles prétendant que les migrants seraient mal informés sur les dangers qu’ils courent lors de leur parcours. Des résultats obtenus grâce à une nouvelle façon d’aborder la question. ARTICLE THIBAULT GRANDJEAN
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