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alors de l’idée et ambitionne, en s’appuyant sur cette idée d’une taxe à 100 % sur les revenus, de récupérer ces voix. J’adore cet exemple qui montre à quel point des idées extrêmes peuvent être récupérées par le centre et être ensuite appliquées. En l’espèce, la taxe en question atteindra 92 %, mais on y était presque. M. C-M. : Oui, c’était le début de quatre décennies au cours desquelles le capital a été taxé à 90 %. À l’heure actuelle, les prélèvements sont de l’ordre de 25 à 30 %. On a changé de monde… LQJ : L’exemple de Roosevelt montre à quel point le rôle du politique est important. Ce serait en effet à lui d’adopter les réformes nécessaires à la mise en place d’un revenu maximal que vous appelez de vos vœux. Or, il est vu, à tort ou à raison, comme impuissant face aux défis du monde contemporain. M. C-M. : Les politiques se disent impuissants face aux marchés financiers, mais ils ont eux-mêmes organisé leur propre impuissance et leur propre soumission au monde de la finance. Aujourd’hui, la façon dont les multinationales mettent en place des tribunaux d’arbitrage qui peuvent faire condamner les États si ceux-ci ne sont pas suffisamment pro-business dans leurs politiques publiques est le fruit d’une série de législations qui ont été prises au début des années 80 avec la triade Thatcher-SchroderMitterrand, en Europe, et avec Reagan aux États-Unis. Cela continue jusqu’à aujourd’hui. Nous observons un rapprochement croissant entre l’élite politique et l’élite économique, ce qui fait qu’actuellement, dans la plupart des parlements européens, vous n’avez plus un seul ouvrier ou une seule ouvrière, ou alors de manière très marginale. Pourtant, la classe ouvrière représente en général 20 à 30 % de la population dans les pays européens. À l’inverse, les avocats, les cadres supérieurs, les professions intellectuelles sont surreprésentés. Ce n’est donc pas étonnant que les politiques ne fassent plus grand-chose contre la sécession des élites économiques, puisque les professionnels de la politique sont eux-mêmes largement intégrés au sein de cette classe dominante. La question du pantouflage interpelle également. Certains hauts fonctionnaires travaillent pour l’État ou pour les institutions publiques afin de réguler les acteurs bancaires, les acteurs du marché financier ou les grosses multinationales. Au bout d’une dizaine d’années, ils passent du côté du privé et se mettent au service des mêmes multinationales qu’ils étaient censés contrôler auparavant. M.F. : Je voudrais ajouter que ces élites politiques et économiques partagent le même logiciel de pensée. J’utilise dans ma thèse la notion de paradigme politique, c’est-à-dire une manière dont on définit un problème mais aussi les instruments légitimes pour le résoudre. Ces élites partagent un même paradigme politique qui provient des années 1980 et de l’adoption d’un modèle économique néolibéral. Or, selon ce paradigme politique, l’extrême richesse n’est pas un problème. C’est même le contraire. Il faut que les riches et les ultra-riches continuent à engranger du profit pour redistribuer après. C’est la fameuse théorie du ruissellement. Si la richesse n’est pas un problème, il n’y a aucune raison d’élaborer des politiques qui la régule. Il faut donc à un moment aussi essayer de comprendre comment ce modèle est utilisé aujourd’hui, quelles sont ses limites, et le déconstruire pour en proposer un nouveau qui viendra un jour remplacer celui que nous connaissons à présent. Ce nouveau logiciel doit partir du constat que l’extrême richesse est un problème sociétal qu’il faut résoudre, que c’est même une menace qui pèse sur nos démocraties. C’est également un problème sur le plan environnemental. C’est ce message qui doit être répété et il faut travailler l’argumentaire pour que cela devienne une évidence pour la population en général. LQJ : La rentrée 2025 a été marquée en France par le débat enflammé autour de la “taxe Zucman”, du nom de l’économiste français qui porte cette proposition, Gabriel Zucman. L’idée est de mettre en place une taxe de 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros. Êtes-vous favorables à ce type de mesures ? M. C-M. : Tout à fait. Les travaux du World Inequality Lab, codirigé par Thomas Piketty notamment, montrent que les inégalités aujourd’hui tiennent majoritairement à la transmission par l’héritage du patrimoine. De nos jours, ça nous paraît évident que l’on doit hériter de 50 à 80 % de ce que nos parents possédaient, alors même que plus de la moitié des héritiers et héritières touchent moins de 5000 euros lors du décès de leurs parents. Pourtant, pendant très longtemps, les libéraux, c’est-à-dire les pères fondateurs de la pensée libérale, comme Adam Smith par exemple, étaient favorables à ce que l’État prélève tout à chaque génération. En effet, au départ, le libéralisme c’est l’égalité des chances, c’est partir tous de la même ligne de départ. Ce qui veut dire qu’on part tous avec rien, ou avec une version alternative qui soit la même pour tous. On pourrait imaginer, par exemple, une dotation publique de 100 000 euros à chaque nouveau-né. Il pourrait toucher cette somme à sa majorité. C’est cela le vrai SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 62 LE DIALOGUE

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