L’université, espace public parmi d’autres. À l’image des villes où encore peu de rues, places et lieux affichent des noms de femmes, le monde académique est majoritairement peuplé de références masculines. De nombreux amphithéâtres et salles de cours sont historiquement baptisés en référence à de grands chercheurs : des cohortes d’étudiants et étudiantes vivent ainsi leur formation sous le patronage de figures masculines. Un “héritage” presque inconscient qui pourrait laisser penser que seuls des hommes ont fait avancer les sciences. C’est donc cette toponymie des locaux, précisément, qui connaît depuis trois ans, et sous l’impulsion des autorités, une (grande) remise en question. Avec le projet de féminisation des salles de cours, les 11 Facultés de l’ULiège ont été invitées par le Conseil genre et égalité (CGE) à mener une réflexion en interne afin de proposer de nouveaux noms. L’idée, qui est partagée par plusieurs universités et est présente plus largement dans le débat public, avait déjà fait du chemin dans certaines Facultés et avait été soulevée par le cercle féministe de l’ULiège. D’où le souhait institutionnel d’une harmonisation. « Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie plus large, explique Florence Caeymaex, professeure de philosophie et conseillère de la Rectrice à l’éthique et aux politiques d’égalité. On arrive ici avec une mesure symbolique, qui pourrait apparaître comme anecdotique ou cosmétique. Il n’est en rien. Des recherches montrent que les actions de visibilisation, lorsqu’elles font partie d’un ensemble de décisions, constituent des leviers de transformation tout aussi importants. » Mona Claro, chargée de cours à la faculté des Sciences sociales et spécialisée en études de genre, va dans le même sens : « Va-t-on changer le monde avec des amphis aux noms de femmes ou avec de l’écriture inclusive ? La question, passionnante, soulève de grands débats. Le symbolique seul a peu d’impact pour transformer nos réalités. Mais s’ils s’inscrivent dans une politique cohérente, s’ils vont de pair avec des actions concrètes, le langage, l’affichage et les actions symboliques ont de réels effets. » POUR LE PASSÉ, POUR LE PRÉSENT « Derrière cette invitation à féminiser des salles, il y a évidemment le souhait de faire ressurgir du passé des grandes figures de femmes invisibilisées. Mais il y a aussi une ambition pour le présent et le futur : offrir des modèles aux filles, renforcer leur légitimité dans les études. Particulièrement dans les disciplines Stem (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques) SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2026 I 295 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 64 ALMA MATER FÉMINISATION DES NOMS D’AMPHITHÉÂTRES Question de genre Depuis 2024, les facultés de l’ULiège ont été invitées à mener un processus de féminisation de noms de salles et amphithéâtres. Objectif : mettre en lumière des figures féminines qui ont compté dans leur discipline scientifique ou par leur rôle dans l’espace public. Une démarche qui s’inscrit dans un souci plus large d’égalité de genre, destiné à signifier aux femmes que l’institution académique, historiquement tenue par les hommes, est désormais tout autant la leur. ARTICLE MARIE LIÉGEOIS
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