Vieillir : dans quel lieu de vie ?
Chez soi, porté par les aidants proches, ou en institution ? Un récit à nuancer, un système à repenser. Une opinion de Jérôme Schoenmaeckers, chargé de cours à HEC-École de gestion de l’ULiège.
La rentrée académique aura lieu le 23 septembre. Interview de rentrée avec la rectrice Anne-Sophie Nyssen, à l’heure où les liens entre sciences et démocratie se fragilisent.
C
omme les années précédentes, la Rectrice a choisi un sujet de réflexion qui sera décliné tout au long de l’année : “Esprit critique, audace et résistance”. Trois mots au cœur de son discours de rentrée, trois concepts incarnés par trois personnalités qui recevront les insignes de docteur·e honoris causa.
Le Quinzième Jour : L’esprit critique est une valeur centrale de l’Université, convoquer la résistance est plus surprenant…
Anne-Sophie Nyssen : On s’aperçoit aujourd’hui combien la liberté académique peut être fragile. Nous sommes-nous endormis ? La liberté du chercheur et de l’enseignant nous paraissait acquise, condition sine qua non du travail à l’Université et qui apporte beaucoup de satisfactions à la société. Mener des hypothèses de recherches, des plans expérimentaux en toute indépendance même conduit parfois – il y des exemples célèbres – à des découvertes fortuites mais majeures. Or une vague d’interventions sans précédent sur les contenus, le personnel et le financement de la recherche scientifique s’est abattue sur les institutions universitaires aux États-Unis. Le président Trump mène une politique de censure, d’intimidation envers les Universités, même les plus prestigieuses, et fait peser des menaces, par des réductions budgétaires notamment, sur les travaux qui ont trait aux questions de genre et de diversité, sur les thématiques environnementales et climatiques, etc. Nous devons résister à cette lame de fond qui se propage et défendre la liberté académique, un des fondements de la démocratie.
LQJ : Les universités belges ont-elles réagi ?
A-S.N. : Le Conseil des rectrices et recteurs (Cref) s’est rallié à la “lettre ouverte aux scientifiques et universitaires des États-Unis” qui affirme un engagement indéfectible au service de la quête scientifique, impliquant de défendre son intégrité, son autonomie et son objectivité, ainsi que ses ressources et son financement. Cette position vaut également en Europe et en Belgique ! Les institutions belges, francophones et néerlandophones, s’inquiètent notamment de la mise en cause des sciences humaines et sociales dans certains discours politiques.
Nous devons à la fois entrer en résistance et faire preuve d’audace. L’audace qui permet à la créativité de s’épanouir, un ressort scientifique intéressant et utile pour le chercheur qui imagine, fait des hypothèses et qui doit persévérer pour mener des projets dont, parfois, personne ne veut. Les universités aussi doivent continuer leurs missions en toute indépendance : elles doivent atteindre une forme de robustesse qui permet de maintenir le cap, de conserver une stabilité malgré les multiples fluctuations extérieures.
Alors pour ma part, je plaide pour un système universitaire basé sur la coopération plutôt que la concurrence, sur le respect des valeurs telles que l’éthique, la curiosité intellectuelle, l’esprit critique. On le sait : la pratique scientifique repose sur la coopération. C’est au sein des laboratoires, dans les congrès et séminaires que les échanges suscitent de nouvelles pistes de recherche. Le but de la science est d’établir des faits, de décrire des phénomènes qui permettent de comprendre d’autres faits, élargissant ainsi petit à petit le champ des connaissances et nos moyens d’agir sur le monde. La science doit être un bien commun produit et transmis.
LQJ : À qui décernerez-vous les insignes de docteur·e honoris causa cette année ?
A-S.N. : À trois personnalités de haut vol. À Yasmine Belkaid, directrice de l’Institut Pasteur, centre d’excellence réputé en recherche médicale, très engagée en faveur de la liberté en recherche et le respect de la diversité, du genre, etc. À Thomas Ostermeier, actuel directeur de la Schaubühne à Berlin, parangon du théâtre contemporain pluridisciplinaire. Et à Alain Aspect, un scientifique d’exception, auteur d’une avancée majeure en physique quantique, un créatif à l’état pur. Son livre Si Einstein avait su, montre qu’il faut parfois oser faire un pas de côté, s’écarter des théories admises (lire leur présentation plus complète).
LQJ : Depuis votre arrivée au rectorat, l’université de Liège s’est impliquée dans la problématique climatique.
A-S.N. : Effectivement, c’était un des objectifs de mon programme. Les étudiants et étudiantes suivent maintenant un cours obligatoire “durabilité et transition” qui sera, cette année, amplifié par un cours spécifique dans chaque Faculté. D’autre part nous inaugurerons le 14 octobre, le Laboratoire des transitions qui va soutenir la recherche et l’enseignement dans l’adaptation nécessaire face aux bouleversements du monde et ce dans une perspective transdisciplinaire (lire l’interview de Sébastien Brunet). Notre appel à projets a suscité un réel engouement auprès de nos chercheurs. Ce laboratoire sera aussi un lieu de rencontres avec les acteurs de la société : face aux défis de notre temps – l’énergie, le climat, l’eau, les transports, les pandémies –, l’appropriation collective des savoirs est devenue un enjeu politique.
LQJ : Des projets immobiliers ?
A-S.N. : La rénovation de la façade du bâtiment de la place du 20-Août se termine enfin et celle du bâtiment de Chimie au Sart-Tilman s’achève aussi. Une centaine de nouveaux kots pour étudiants sont en construction à Gembloux. Et l’étude du transfert au centre-ville des facultés des Sciences sociales et de Droit, Science politique et Criminologie, se poursuit.
Par ailleurs nous avons participé au financement d’un nouveau bateau scientifique à Stareso. Mais le télescope Einstein reste le projet le plus ambitieux auquel nous participons. Il s’agit d’un immense détecteur souterrain destiné à étudier les ondes gravitationnelles qui serait situé entre Liège, Maastricht et Aix-la-Chapelle, dans l’Euregio Meuse-Rhin. L’ULiège est un partenaire clé dans la candidature du site : elle joue notamment un rôle prépondérant dans la phase test. La décision, à l’échelon européen, devrait être prise à la fin de cette année.
LQJ : Un mot de conclusion ?
A-S.N. : Je pense que la nouvelle méthode de gouvernance basée sur la concertation, la participation et la transparence a apporté une sérénité bienvenue dans notre Maison. Nous devons évidemment veiller à maintenir nos ressources financières et à faire preuve d’imagination comptable, dans la mutualisation des plateformes scientifiques par exemple. Mais je suis satisfaite de voir que notre Université rayonne à nouveau – elle a amélioré sa place dans les classements internationaux – et qu’elle innove, tant sur le plan scientifique que sur les propositions faites aux étudiants.
Le mardi 23 septembre 2025 à 16h aux amphithéâtres de l’Europe, boulevard du Rectorat, campus du Sart Tilman, 4000 Liège.
Inscriptions (sur invitation)
Chez soi, porté par les aidants proches, ou en institution ? Un récit à nuancer, un système à repenser. Une opinion de Jérôme Schoenmaeckers, chargé de cours à HEC-École de gestion de l’ULiège.
En janvier dernier, Sébastien Brunet est devenu président du comité scientifique du nouveau Laboratoire des transitions à l’ULiège. Objectif : soutenir la recherche et l’enseignement dans une adaptation nécessaire face aux bouleversements du monde.
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